—Tu n'as pas regretté la forêt?

—Si, au commencement, mais plus maintenant.

—Je croyais que ceux qui étaient de la forêt ne pouvaient se passer d'elle.

Helga se tourna à demi vers son interlocuteur qui se tenait de l'autre côté de la route. Gudmund, lui, était redevenu presqu'un étranger, mais à ce moment il y eut dans sa voix et dans son sourire quelque chose qu'elle crut reconnaître. Mais si, c'était bien le même qui était accouru la sauver au plus fort de sa misère. Bien qu'il dût se marier avec une autre, elle était assurée d'avoir toujours en lui un ami dévoué et un aide fidèle.

Elle ressentit une immense joie à savoir qu'elle pouvait avoir confiance en lui plus qu'en toute autre personne; elle crut devoir lui raconter tout ce qui lui était arrivé depuis leur dernier entretien.

—Il faut que je te dise que les premières semaines j'étais bien malheureuse à Närlunda, commença-t-elle. Mais cela, tu ne dois pas le dire à mère Ingeborg.

—Si tu veux que je me taise, je me tairai.

—Pense seulement, j'ai tant regretté la forêt pour commencer! J'ai été sur le point de tout lâcher pour retourner là-haut.

—Tu avais des regrets? Je croyais que tu étais contente d'être chez nous.

—Je n'y pouvais rien, dit-elle s'excusant. Je comprenais bien combien je devais m'estimer heureuse d'être chez vous. Vous étiez bons, si bons pour moi, et le travail ne dépassait pas mes forces, mais néanmoins j'avais des regrets. Il y avait une force mystérieuse qui m'appelait et m'attirait et voulait absolument me ramener à la forêt. J'avais la sensation, en restant là-bas dans la vallée, de tromper et de trahir quelqu'un qui avait sur moi des droits imprescriptibles.