—Maintenant je pense que tu es d'accord avec moi pour faire savoir tout cela immédiatement à la famille de Hildur, dit le père.

—Oui, répondit Gudmund à voix basse. Oui, pour sûr! ajouta-t-il tout de suite après, d'un ton plus ferme. Je ne voudrais pas lier Hildur à mon mauvais sort. Elle ne me le pardonnerait jamais.

—Les gens d'Elvokra tiennent à leur honneur, comme tout le monde, dit le père. Et il faut que tu saches, Gudmund, que ce matin en partant, je me suis dit que je serais forcé de tout raconter moi-même au père de Hildur, si tu ne te décidais pas à le faire. Jamais je n'aurais pu assister silencieux à l'union de Hildur avec un homme qui à tout moment peut être accusé d'assassinat.

Il faisait claquer son fouet pour aller plus vite encore.

—Nous avons devant nous le moment le plus pénible, dit-il. Nous ferons en sorte qu'il soit vite passé. Je pense que les parents de Hildur trouveront très bien de ta part de t'accuser toi-même, et j'espère que cela les rendra plus bienveillants envers toi.

Gudmund ne répondit rien, il avait l'air toujours plus abattu à mesure qu'on s'approchait d'Elvokra. Le père continuait de parler pour lui inspirer courage.

—J'ai déjà entendu raconter un cas pareil, dit-il. Il s'agissait d'un fiancé qui avait eu le malheur de tuer son camarade de chasse. Il ne l'avait pas fait exprès, et l'on n'avait pas su que c'était lui qui avait tiré le coup meurtrier; mais peu après, au jour même du mariage, en arrivant dans la maison où tout était prêt pour la cérémonie, il se rendit auprès de sa fiancée et lui dit: «Il n'y aura pas de mariage. Je ne veux pas t'entraîner dans la misère qui m'attend.» Mais la fiancée, qui déjà avait mis la couronne et le voile, le prit par la main et le conduisit dans la salle où les hôtes se trouvaient réunis pour assister à la bénédiction nuptiale. Là, elle raconta à haute voix ce que son fiancé venait de lui dire. «J'ai raconté ceci, pour que tout le monde sache que tu n'as pas usé de fausseté envers moi, ajouta-t-elle en se tournant vers son fiancé. Maintenant je veux qu'on nous donne immédiatement la bénédiction. Car tu restes le même qu'auparavant, malgré le malheur qui te frappe, et quelque misère qui t'attende, je veux que nous la supportions en commun.»

Au moment même où le père eut fini son histoire, ils arrivèrent à l'avenue étroite conduisant à Elvokra. Gudmund se tourna vers lui, un sourire mélancolique sur les lèvres.

—Cela ne se passera pas ainsi pour nous, dit-il.

—Qui sait? dit le père en se redressant sur le siège.