Il regarda le fils et encore une fois il s'étonna de voir comme il était beau ce jour-là.
—Je ne serais pas trop surpris qu'il lui arrivât quelque chose de grand et d'inattendu, se dit-il tout bas.
On devait se marier à l'église et une foule de gens se trouvaient déjà réunis à la ferme, pour prendre part au cortège nuptial. Des parents étaient venus de loin. Ils étaient assis sur le perron, en grand apparat, tout prêts à partir pour l'église. Les charrettes et les chars-à-bancs étaient déjà sortis dans la cour et l'on entendait dans l'écurie le piaffement des chevaux qu'on était en train de panser. Le violoniste de la commune, assis seul sur l'escalier de la remise, accordait son violon. D'une croisée de l'étage supérieur, la fiancée, tout accoutrée, guettait l'arrivée de son futur, pour l'apercevoir avant qu'il n'eût pu la découvrir lui-même.
Erland et Gudmund descendirent de voiture et demandèrent immédiatement à avoir un entretien privé avec Hildur et ses parents. Bientôt tous se retrouvaient dans une petite pièce servant de bureau au fermier.
—Je suppose que vous avez lu dans les journaux le récit d'une rixe qui a eu lieu en ville, dans la nuit de vendredi et où un homme a été tué, dit Gudmund, si vite qu'on eût dit qu'il répétait une leçon apprise.
—Évidemment, j'ai lu ça, dit le fermier.
—C'est que cette nuit-là j'étais à la ville, continua Gudmund.
Cette fois il n'y eut pas de réponse. Un silence de mort plana. Il parut à Gudmund que tout le monde le fixait de regards si terrifiés qu'il ne put continuer. Mais alors le père lui vint en aide.
—Gudmund avait été traité par des amis. Il a dû boire un peu trop cette nuit-là, car en rentrant il ne savait pas ce qu'il avait pu faire. Mais on voyait bien qu'il s'était battu, car ses vêtements étaient déchirés.
Gudmund vit la terreur de l'assistance croître à chaque mot, mais lui-même devenait au contraire plus calme. Un sentiment de défi s'empara de lui et il prit de nouveau la parole: