—Aussi, lorsque le journal est arrivé samedi soir et que j'y ai lu le récit de la rixe et de la lame qu'on avait trouvée, enfoncée dans le crâne, j'ai sorti mon couteau et j'ai constaté qu'une lame manquait.

—C'est là une bien grave nouvelle que Gudmund nous apporte, dit le fermier. Il aurait mieux valu nous raconter cela hier.

Gudmund se taisait mais de nouveau son père lui vint en aide.

—Ce n'était pas une tâche bien aisée pour Gudmund. C'était bien tentant de ne rien dire. Il perd beaucoup en faisant cet aveu.

—Oui, oui, il faut bien s'estimer heureux qu'il se soit enfin résolu à parler, de sorte que nous ne soyons pas entraînés dans cette misère, dit le fermier avec aigreur.

Gudmund tenait les yeux fixés sur Hildur tout le temps. Elle était parée de la couronne et du voile nuptial, et à ce moment il la vit lever la main pour retirer une des grandes épingles qui retenaient la couronne. Elle paraissait le faire presqu'inconsciemment. S'apercevant que le regard de Gudmund était posé sur elle, doucement elle remit l'épingle en place.

—Il n'est pas encore pleinement démontré que ce soit Gudmund le meurtrier, dit le père, mais je comprends qu'il est désirable d'ajourner le mariage jusqu'à ce que tout soit tiré au clair.

—Ce n'est pas la peine de parler d'ajournement, dit le fermier. Je pense bien que Gudmund est assez certain de son affaire pour que nous puissions tout de suite, d'un commun accord, abandonner toute idée de mariage entre lui et Hildur.

Gudmund ne répondit pas tout de suite à cet appel. Il s'approcha de sa fiancée, et lui tendit la main. Elle resta immobile et eut l'air de ne pas le voir.

—Ne veux-tu pas me dire adieu, Hildur?