Les deux jeunes filles quittèrent la ferme sans être aperçues et gagnèrent la voiture. Helga se chargea de conduire et ne ménagea pas le cheval. On mena bon train et toutes deux gardèrent le silence. Hildur ne quittait pas Helga des yeux. On eût dit que la jeune fille l'étonnait plus que tout le reste.

Au moment où elles approchèrent de la ferme, Helga remit les rênes à Hildur en disant:

—Maintenant vous irez seule là-bas parler à Gudmund. Je viendrai dans un moment raconter l'histoire du couteau. Mais vous ne devez pas laisser entendre par un seul mot que c'est moi qui suis venue vous chercher.

Gudmund se trouvait dans la salle, en train de causer avec sa mère. Le père assis à quelque distance fumait sa pipe. Il avait l'air satisfait et ne prononçait pas un seul mot. On voyait bien qu'à son avis tout marchait à souhait et qu'il n'avait plus besoin d'intervenir.

—Qu'est-ce que vous auriez dit, mère, si je vous avais proposé Helga pour belle-fille? dit Gudmund.

Mère Ingeborg leva la tête et dit d'une voix ferme:

—J'accueillerai avec plaisir la belle-fille qu'il te plaira de choisir, si je sais qu'elle t'aime de l'amour qu'une femme doit avoir pour son mari.

À peine ces mots furent-ils prononcés qu'ils virent Hildur Eriksdotter arriver dans la cour. Un instant après, elle fit son entrée; cependant elle n'était presque plus reconnaissable. Elle n'avança pas dans la pièce avec son assurance habituelle, elle eut presque l'air de vouloir rester près de la porte comme une pauvre mendiante.

Elle vint cependant serrer la main à mère Ingeborg et à Erland Erlandsson. Puis, s'adressant à Gudmund:

—Je voudrais bien te dire un mot, dit-elle.