—Je suis étonné que quelqu'un le sache déjà. Père ne fait que revenir de chez le commissaire. Il a télégraphié en ville, et on lui a répondu que le vrai meurtrier est déjà retrouvé.

À ces mots, Hildur sentit ses jambes fléchir sous elle, et elle se laissa tomber sur la chaise. Elle eut peur devant l'attitude calme et aimable de Gudmund, et elle commença à s'apercevoir qu'elle n'avait plus son ancien empire sur lui.

—Je le comprends, vous ne pouvez pas oublier ma conduite de ce matin.

—Mais si, et je ne vous en garde nulle rancune, dit-il, du même ton calme. Nous n'en parlerons plus.

Elle tressaillit, baissa les yeux, et garda une attitude d'attente.

—Il faut nous estimer heureux, Hildur, dit-il, en venant lui prendre la main, que cela se soit terminé ainsi; car, aujourd'hui, j'ai acquis la certitude que j'en aime une autre. Je crois que je l'aimais depuis longtemps, seulement je ne l'ai su qu'aujourd'hui.

—Qui est-ce que vous aimez, fit-elle d'une voix sourde.

—Ce n'est pas la peine de le dire. Je ne l'épouserai pas, car elle ne m'aime pas, mais je n'en épouserai pas une autre non plus.

Hildur leva la tête. Il est difficile de dire au juste ce qui se passa en elle, mais elle eut la sensation nette, dès ce moment, qu'elle, la fille du grand fermier, avec toute sa beauté et tous ses biens, elle n'était rien pour Gudmund; mais elle avait sa fierté, et elle ne voulut pas se séparer de lui sans lui faire voir, qu'outre ces choses-là, elle avait aussi une valeur personnelle.

—Je veux, Gudmund, que tu me dises si c'est Helga du Grand-Marais que tu aimes.