À ce moment même, Per Persson eut l'aspect d'un homme devant qui la terre vient de s'ouvrir.
—Qu'est-ce que tu dis? Qu'est-ce que tu dis? C'est de l'argent?
—Oui, reprit le pasteur, nous sommes riches, nous tous, à présent, et nous pourrons vivre à l'aise.
—C'est de l'argent! répéta Per Persson encore une fois; et il eut l'air encore plus accablé.
—Mais certainement, c'est de l'argent, affirma le pasteur, tu ne penses pas que je veuille te tromper. N'aie pas peur de te réjouir.
—Me réjouir, dit Per Persson. Moi, me réjouir! Je croyais que ce que nous avions trouvé n'était que du mica, et, comme je préférais le certain à l'incertain, je viens de vendre ma part de la mine à Olof Svärd pour cent écus.
Il était désespéré, et lorsque le pasteur le quitta, il resta à pleurer sur la grand'route.
Une fois rentré chez lui, le pasteur envoya son valet annoncer à Olof Svärd et à son frère que c'était de l'argent qu'on avait trouvé. Il avait assez de colporter lui-même la bonne nouvelle.
Mais quand le pasteur se retrouva seul le soir, le bonheur reprit ses droits. Il sortit dans l'obscurité, et monta sur la colline où il pensait bâtir le nouveau presbytère. Naturellement, il serait magnifique, aussi magnifique que n'importe quel évêché. Il resta longtemps dehors cette nuit-là, et il ne se contenta pas de reconstruire le presbytère. Il lui vint à l'esprit que, du moment qu'il y avait tant de richesse dans la commune, il devait y affluer une quantité de gens, et, à la fin, peut-être une ville entière serait construite autour de la mine. Et alors il serait bien obligé de bâtir une nouvelle église à la place de la vieille. Une grande partie de sa fortune y passerait sans doute. Mais il ne s'arrêta pas là, car il se disait que quand son église serait prête, le roi et un grand nombre d'évêques viendraient la consacrer, et alors le roi serait bien satisfait de l'église, mais il ferait observer qu'il n'y avait point là de logis digne de le recevoir, lui, le roi. Et alors, il serait bien obligé de construire un château royal dans la nouvelle ville.
À ce moment, un gentilhomme de la suite du roi ouvrit la porte pour annoncer que le grand carrosse était réparé.