Le premier mouvement du roi fut pour partir sur le champ, mais il se ravisa:
—Il te sera permis d'achever ton histoire, dit-il au pasteur. Mais il faut aller plus rapidement. Nous savons maintenant ce que pensait et rêvait l'homme en question. Nous voulons savoir comment il agit.
—Mais, comme le pasteur était encore au beau milieu de ses rêves, continua le pasteur, on vint lui dire qu'Israëls Per Persson s'était suicidé. Il n'avait pu supporter l'idée d'avoir vendu sa part de la mine. Il s'était dit sans doute qu'il ne pourrait pas voir tous les jours un autre se réjouir d'une richesse qui aurait pu être la sienne.
Le roi changea de position dans le fauteuil. Il avait les deux yeux grands ouverts.
—En vérité, fit-il, si j'avais été ce pasteur-là, j'aurais eu assez de cette mine!
—Le roi est un homme riche, lui dit le pasteur. Il a tout ce qu'il lui faut. Il n'en est pas ainsi d'un pauvre pasteur qui ne possède rien.
Voyant que la bénédiction de Dieu n'était pas sur son entreprise, il se disait: je ne rêverai plus de devenir riche et honoré moi-même à l'aide de ces trésors, mais je ne pourrai pas laisser l'argent inutile dans la terre. Il faut que je l'en sorte pour le bien des pauvres et des miséreux. J'exploiterai la mine pour mettre la commune entière à son aise.
Donc, un beau jour, le pasteur s'achemina vers la demeure de Olof Svärd pour causer avec celui-ci et avec son frère de ce qu'il fallait faire tout d'abord de la montagne d'argent.
En s'approchant de la maison du soldat, il rencontra une charrette entourée de paysans armés. Et, dans la charrette, un homme était assis, les mains liées derrière le dos et les chevilles entourées de cordes.
Lorsque le pasteur vint à passer, la charrette s'arrêta, et il eut le temps de regarder le prisonnier. Sa tête était bandée de telle sorte qu'il n'était pas facile de discerner qui c'était, mais il sembla cependant au pasteur qu'il reconnaissait Olof Svärd.