—Si ces brigands ne sont pas trop misérables pour que la splendeur de Dieu se montre à leurs yeux, dit-il, ils ne sauraient tout de même être trop méchants pour mériter la clémence des hommes.
Mais l'archevêque savait comment répondre à l'abbé Hans.
—Je peux te promettre une chose, dit-il en souriant. N'importe quel jour où tu m'enverras une fleur du jardin de Noël à Göinge, je te donnerai une lettre d'absolution pour tous les interdits en faveur desquels tu en demanderas.
Le frère lai comprenait que l'évêque ne croyait pas plus que lui-même au récit de la femme du brigand, mais l'abbé Hans ne s'en apercevait pas; il remercia Absalon de sa bonne promesse en ajoutant que sans faute il lui enverrait la fleur demandée.
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L'abbé Hans exécuta son projet, et, le jour de Noël suivant, il n'était pas assis chez lui à Oved, mais se trouvait en route pour la forêt de Göinge. Un des gosses sauvages de la femme du brigand courait devant lui et comme compagnon il avait le frère lai, le même qui avait abordé la femme du brigand dans le jardin.
L'abbé Hans avait vivement désiré de faire ce voyage et maintenant il était très heureux qu'il eût vraiment lieu. Mais il en était tout autrement du frère lai, qui l'accompagnait. Il chérissait beaucoup l'abbé Hans et il n'aurait pas volontiers permis à un autre de raccompagner et de veiller sur lui; mais il ne croyait point qu'il leur serait donné de voir le jardin de Noël. Il pensait que tout cela n'était qu'un piège tendu avec beaucoup d'astuce par la femme du brigand à l'abbé Hans pour que celui-ci tombât entre les mains de son homme.
En cheminant vers le nord, vers la forêt, l'abbé Hans remarquait que partout on se préparait à célébrer la Noël. Dans chaque ferme on faisait du feu à la buanderie pour chauffer le bain de l'après-midi. On transportait de grandes quantités de pain et de viande des garde-manger à la maison, et de grandes bottes de paille étaient amenées des granges pour garnir le plancher.
En passant devant les petites églises de campagne, ils voyaient le curé et son bedeau en train d'accrocher leurs plus jolies tentures et quand il arriva au chemin qui menait au couvent de Bosjö, il vit les pauvres de l'endroit revenir chargés de grands pains et de longues bougies, qu'on leur avait distribués à la porte du couvent.
Quand l'abbé Hans vit tous ces préparatifs, sa hâte s'en accrut. Il pensait qu'une fête l'attendait, plus grande que celle qu'allait célébrer n'importe quel autre homme.