Mais le frère lai gémissait et se lamentait, en voyant qu'il n'y avait pas de ferme si petite qu'on ne s'y préparât à célébrer la Noël. Il devenait de plus en plus inquiet, et conjurait l'abbé Hans de retourner et de ne pas se jeter exprès entre les mains des brigands.

L'abbé Hans continuait sa route sans se soucier de ces plaintes. Il laissa derrière lui la plaine et arriva aux confins sauvages et déserts de la grande forêt. Le chemin devenait de plus en plus mauvais. Il ne ressemblait plus qu'à un sentier semé de pierres et hérissé d'aiguilles de pin; ni pont ni passerelle n'aidait le voyageur à traverser les rivières et les ruisseaux. Plus ils avançaient, plus il faisait froid, et bientôt ils rencontrèrent un sol couvert de neige.

Ce fut un voyage long et difficile. Ils s'engouffraient dans des sentiers latéraux raides et glissants, ils parcouraient des landes et des marécages, ils traversaient des broussailles et franchissaient des arbres abattus par le vent. Juste au moment où le jour baissa, le petit des brigands les conduisit dans un pré bordé de hauts arbres nus et de pins recouverts de leurs aiguilles. Derrière le pré se dressait un rocher, et dans le rocher ils aperçurent une porte faite de planches épaisses.

L'abbé Hans comprit qu'ils étaient arrivés au but et descendit de cheval. L'enfant lui ayant ouvert la lourde porte, il aperçut l'intérieur d'une pauvre caverne creusée dans le rocher lui-même dont les flancs nus restaient visibles. La femme du brigand était assise à côté d'un grand feu de bûches, allumé au milieu de la caverne. Le long des murs il y avait des couches de brindilles et de mousses, et sur l'une d'elles le brigand dormait.

—Entrez donc, vous là-bas, cria sans se lever la femme du brigand. Et entrez les chevaux avec vous dans la maison pour que la nuit froide ne leur fasse pas de mal.

L'abbé Hans entra hardiment et le frère lai le suivit. La maison avait un aspect pauvre et dénudé et rien n'était fait pour célébrer la Noël. La femme du brigand n'avait préparé ni bière, ni pain, elle n'avait ni nettoyé ni astiqué. Ses enfants grouillaient par terre, autour d'une grande marmite, mais le manger que celle-ci contenait n'était pas bien fameux: la soupe à l'eau.

La femme du brigand parlait avec autorité et aisance comme une femme de paysan riche.

—Assieds-toi ici, à côté du feu, abbé Hans, fit-elle, et mange si tu as apporté de quoi manger. Car je pense que la nourriture que nous préparons ici dans la forêt, tu ne voudrais pas y goûter. Et si le voyage t'a fatigué, tu peux t'étendre sur une de ces couches. Tu n'as pas besoin d'avoir peur de dormir trop longtemps. Je veille ici à côté du feu et je t'éveillerai afin que tu puisses regarder le miracle pour lequel tu es venu.

L'abbé Hans, obéissant à la femme du brigand, sortit ses provisions. Mais le voyage l'avait tellement fatigué qu'il pouvait à peine manger, et il ne fut pas plutôt allongé sur la couche qu'il s'endormit.

Le frère lai aussi fut invité à prendre une couche pour se reposer, mais il n'osa pas s'endormir, se croyant obligé de surveiller le brigand pour l'empêcher de se lever et de tuer l'abbé Hans. Peu à peu, cependant, le sommeil eut raison de lui et il s'endormit. En se réveillant il s'aperçut que l'abbé Hans, ayant quitté sa couche, était assis à côté du feu, en conversation avec la femme du brigand. L'homme interdit, le brigand lui-même était assis aussi à côté du feu. C'était un grand homme maigre et qui avait l'air lourdaud et mélancolique. Il tournait le dos à l'abbé Hans, affectant de ne pas écouter la conversation.