—Voilà que tu nous parles de manière à nous faire oublier la forêt, dit-elle. Maintenant on peut entendre jusqu'ici le son des cloches de Noël.

À peine eut-elle parlé, que tout le monde se leva et se porta au dehors. Mais dans la forêt ils ne trouvèrent encore que la nuit noire et l'hiver brumeux. On distinguait le tintement des cloches, qu'apportait de loin le vent du sud, et rien de plus.

—Comment le son des cloches va-t-il pouvoir réveiller la forêt morte? se demandait l'abbé Hans. Car maintenant, entouré des ombres de l'hiver, il lui semblait bien plus impossible qu'il ne l'avait cru jusque-là que la forêt pût se changer en jardin.

Mais quand les cloches eurent sonné quelques instants, une lueur subite traversa la forêt. Puis l'obscurité se reforma aussi épaisse qu'auparavant mais de nouveau la lumière apparaissait. Elle luttait telle un brouillard étincelant entre les arbres noirs. Et elle transformait la nuit en aurore naissante.

Alors l'abbé Hans s'aperçut que la neige disparaissait du sol comme si l'on avait enlevé un tapis, et la terre commença à verdoyer. Les fougères firent saillir leurs pousses, enroulées comme des crosses d'évêques. La bruyère de la colline et la myrte bâtarde du marais se revêtirent vivement d'une parure vert clair. Les touffes de mousse grossirent et s'élevèrent, et les fleurs printanières poussèrent des boutons vigoureux déjà striés de couleurs.

Le cœur de l'abbé Hans se mit à battre très fort quand il aperçut les premiers signes de l'éveil de la forêt.

—Me sera-t-il donné, à moi, un homme déjà vieux, pensa-t-il, de voir un tel miracle?

Et les larmes perlaient à ses yeux.

Par moments l'obscurité se faisait tellement dense qu'il craignait que la nuit ne remportât de nouveau.

Mais bientôt une nouvelle vague de lumière fit irruption. Elle était accompagnée du bruissement des ruisseaux et du rugissement des chutes d'eau déchaînées. Alors les feuilles des arbres percèrent si vite qu'on eût dit un essaim de papillons verts venu s'abattre sur les branches. Or ce n'était pas seulement les arbres et les plantes qui se réveillaient. Les becs-croisés commencèrent à sauter sur les branches. Les pics se mirent à marteler les troncs d'arbres en faisant voler autour d'eux les éclats de bois. Un groupe d'étourneaux en route vers le nord s'abattit dans le feuillage d'un arbre pour se reposer. C'étaient des étourneaux merveilleux. Le bout de chaque plume flamboyait d'un rouge écarlate, et quand les oiseaux remuaient, ils scintillaient comme des pierres précieuses.