Mais la lumière continuait d'affluer, et maintenant elle semblait apporter quelque chose d'un lointain infini. Il se sentit entouré d'une atmosphère surnaturelle et, maintenant qu'il avait goûté déjà toute la joie terrestre, il attendait tout tremblant que la joie céleste lui fût révélée.
L'abbé Hans s'aperçut que tout devenait calme. Les oiseaux se turent, les petits renards ne jouaient plus et les fleurs avaient cessé de croître. La félicité qui s'approchait était telle que le cœur voulait s'arrêter, l'œil versait des larmes inconscientes, l'âme aspirait au vol vers l'éternité. De loin arrivèrent des sons de harpe et un chant surhumain fut perceptible, pareil à un murmure très doux.
L'abbé Hans joignit les mains et se jeta à genoux. Son visage était transfiguré de béatitude. Jamais il n'aurait osé espérer qu'il pût lui être donné dès cette vie de jouir de la joie céleste et d'entendre les anges chanter des hymnes de Noël.
Or, à côté de l'abbé Hans se tenait le frère lai qui l'avait accompagné. Des pensées troubles traversaient sa tête.
—Ça ne peut pas être un vrai miracle, se dit-il, celui qui se montre même à de misérables criminels. Ceci ne peut pas être l'œuvre de Dieu mais doit avoir son origine dans le mal. Ce miracle nous est envoyé par l'artifice malfaisant du diable. C'est la puissance de l'Ennemi qui nous ensorcèle et nous force de voir ce qui n'existe pas.
Au loin on entendait résonner les harpes des anges, et leur chant harmonieux, mais le frère lai était persuadé que c'étaient les esprits de l'enfer qui approchaient.
—Ils veulent nous tenter et nous séduire, soupira-t-il, jamais nous ne sortirons sains et saufs de tout ceci. Nous serons envoûtés et vendus à l'enfer.
Maintenant les chœurs des anges étaient tellement près que l'abbé Hans put voir des apparitions radieuses parmi les arbres de la forêt. Et le frère lai vit la même chose que lui, mais il n'était préoccupé que du blasphème de ces artifices diaboliques accomplis la nuit même où naquit le Sauveur. Ce moment était évidemment choisi pour pouvoir d'autant plus facilement envoûter les pauvres mortels.
Pendant tout ce temps, des oiseaux avaient voltigé autour de la tête de l'abbé Hans et il avait pu les prendre dans ses mains. Par contre, les animaux avaient eu peur du frère lai: aucun oiseau n'était venu se poser sur son épaule, aucune vipère ne jouait à ses pieds. Mais voilà un petit ramier. Voyant approcher les anges, il fit appel à tout son courage, s'abattit sur l'épaule du frère lai et lui caressa la joue de sa tête. Alors il sembla à celui-ci que le vilain ennemi lui-même le touchait pour le tenter et le séduire. Il porta un coup violent vers le ramier, en criant d'une voix forte qui fit résonner toute la forêt:
—Retourne à l'enfer, d'où tu viens!