«Je suis tombé au pouvoir d’une bande de brigands», pensa-t-il.

A ce moment il entendit au-dessus de sa tête le cri d’appel des oies sauvages:

«Où es-tu? Je suis ici. Où es-tu? Je suis ici.»

Il comprit que ses compagnons de voyage le cherchaient, mais n’eut pas le temps de répondre; la grande corneille qui paraissait le chef de la bande siffla à son oreille: «Songe à tes yeux!» Nils ne put que se taire.

Les oies sauvages ne pouvaient savoir qu’il était si près d’elles; après encore deux ou trois appels, leurs cris se perdirent au loin: «Voilà, Nils Holgersson, se dit le gamin, il faudra maintenant te débrouiller tout seul. Il s’agit de montrer si tu as appris quelque chose pendant ces semaines de vie sauvage.»

Au bout d’un instant les corneilles firent mine de se remettre en route, mais comme elles paraissaient avoir l’intention de le porter à deux, l’une le tenant par le col de la chemise, l’autre par l’un de ses bas, le gamin s’écria:

—Il n’y a donc parmi vous personne d’assez fort pour me prendre sur son dos? Vous m’avez déjà si maltraité, que je me sens tout brisé. Prenez-moi à califourchon; je ne me jetterai pas à terre, je vous le promets.

—Si tu crois que nous nous soucions de ta commodité, tu te trompes, dit le chef. Mais à ce moment, un gros lourdaud hérissé, avec une plume blanche à l’aile, sortit du groupe et dit:

—N’est-il pas préférable pour nous tous, la Rafale, que Poucet arrive à destination intact? J’essaierai de le prendre sur mon dos.

—Si tu peux, Fumle-Drumle, je ne demande pas mieux, dit le chef. Mais ne le laisse pas tomber.