La Rafale renifla avec mépris.

—Tu crois que je veux manger de vieux fruits secs? dit-il.

—Je pensais t’être agréable! répartit Fumle-Drumle désappointé en jetant la branche.

Elle tomba droit devant Nils, qui s’en empara pour se rassasier.

Quand les corneilles eurent mangé suffisamment, elles se mirent à bavarder.

—A quoi penses-tu, la Rafale? Tu es muet aujourd’hui, dit l’une.

—Je pense à une poule qui vécut jadis dans cette contrée; elle aimait beaucoup sa maîtresse, et pour lui faire plaisir, pondit une couvée d’œufs qu’elle cacha sous le plancher de la grange. La maîtresse s’étonnait naturellement de l’absence de la poule. Elle la cherchait en vain. Peux-tu deviner, Long-Bec, qui la trouva, elle et les œufs?

—Je pense que oui, la Rafale. D’ailleurs j’ai une histoire assez analogue à vous raconter à mon tour. Vous rappelez-vous la grosse chatte noire du presbytère de Hinneryd? Elle était mécontente de ses maîtres qui lui enlevaient toujours ses petits nouveau-nés et les noyaient. Une fois elle réussit à les cacher. C’était dans une meule de foin en plein champ. Elle était enchantée de ces petits-là, mais je crois que j’en eus plus d’agrément qu’elle.

Toutes les corneilles avaient des histoires à raconter. Elles s’excitaient et parlaient toutes à la fois.

—Voler des œufs et des petits, il n’y a pas là de quoi se vanter. Ce n’est pas malin, dit l’une. Moi, j’ai une fois chassé un levraut qui était presque un lièvre. Je le poursuivais de buisson en buisson.