—Mon cher Minet, il faut que tu m’aides. Tu ne vois donc pas qu’il m’a ensorcelé?

Le chat entr’ouvrit ses paupières, et un reflet vert signifia sa méchanceté. Il ronronna et ronfla de plaisir avant de répondre.

—Tu veux que je t’aide pour te remercier de m’avoir si souvent tiré la queue? dit-il enfin.

Le gamin se fâcha et oublia complètement qu’il était petit et impuissant.—«Je pourrais bien encore te tirer la queue, moi, s’écria-t-il. Attends un peu!»

En un instant le chat fut si transformé qu’on aurait à peine dit le même animal. Chaque poil de son corps se hérissait. Le dos s’était voûté, les pattes s’étaient allongées, les griffes égratignaient le sol, la queue était devenue épaisse et courte, les oreilles s’étaient couchées au ras de la tête, la bouche crachait, les yeux agrandis brillaient d’un feu rouge.

Le gamin ne voulut pas se laisser effrayer par un chat. Il fit un pas en avant. Alors le chat bondit et retomba droit sur le gamin, le jeta à terre et se planta sur lui, les pattes de devant sur sa poitrine, la gueule ouverte sur sa gorge.

Le gamin sentait les griffes qui à travers la veste et la chemise lui entraient dans la chair; les dents pointues lui chatouillaient la gorge. Il appela au secours de toute la force de ses poumons.

Mais personne ne vint, et il crut bien que sa dernière heure avait sonné. Il sentit enfin que le chat rentrait ses griffes et lâchait prise.

—Voilà! cela suffit. Je te laisse aller pour cette fois à cause de la patronne. Je voulais seulement te faire comprendre qui de nous est le plus fort.

Là-dessus le chat s’en alla, aussi patelin et bonasse qu’auparavant. Le gamin était si honteux qu’il ne souffla pas mot, mais s’en fut vers l’étable à la recherche du tomte.