Il n’y avait que trois vaches. Mais lorsque le gamin se montra, il y eut un tapage et un beuglement à faire croire qu’il y en avait au moins trente.

—Meuh! meuh! meuh! mugissait Rose de Mai, c’est heureux qu’il y ait une justice en ce monde!

—Meuh! meuh! meuh! continuaient-elles toutes ensemble. Il ne put distinguer ce qu’elles disaient, car elles mugissaient plus fort l’une que l’autre.

Il voulait parler du tomte, mais il ne réussit pas à se faire entendre: les vaches étaient en pleine révolte. Elles se démenaient comme lorsqu’il faisait entrer dans l’étable un chien étranger. Elles lançaient des coups de pied, agitaient leurs chaînes, tournaient la tête en arrière, et menaçaient de leurs cornes.

—Viens un peu, criait Rose de Mai, et je te donnerai un coup de pied que tu n’oublieras pas de sitôt!

—Viens, dit Lys d’Or, je te ferai danser sur mes cornes!

—Viens ici, approche un peu et je t’apprendrai ce que je ressentais, moi, l’été dernier, lorsque tu me lançais ton sabot! rugit l’Etoile.

—Viens! je te ferai payer la guêpe que tu me lâchais dans l’oreille! beugla Lys d’Or.

Rose de Mai, l’aînée et la plus sage d’entre elles, était la plus furieuse.—Viens, dit-elle, tu seras récompensé pour avoir si souvent tiré le pied de l’escabeau, au moment où ta mère allait nous traire, pour tous les crocs-en-jambe que tu lui as donnés lorsqu’elle passait emportant les seaux de lait, pour toutes les larmes qu’elle a pleurées ici-même sur toi.

Le gamin aurait voulu leur dire qu’il regrettait d’avoir été méchant envers elles, et qu’il ne recommencerait plus jamais, si seulement elles consentaient à lui dire où était le tomte. Mais les vaches faisaient un tel tapage et s’agitaient si violemment qu’il eut peur de les voir se détacher; il jugea plus prudent de se glisser hors de l’étable.