Dans la cour, il se sentit très découragé. Il se rendait compte que personne n’était disposé à l’aider à trouver le tomte. D’ailleurs, le trouvât-il, cela ne servirait probablement pas à grand’chose.
Il grimpa sur le mur de pierres sèches qui entourait la ferme, et qui disparaissait par endroits sous les ronces et les épines. Il s’y assit pour réfléchir à ce qu’il arriverait s’il ne redevenait pas homme. D’abord lorsque père et mère reviendraient de l’église, quel étonnement! Oui, il y aurait de l’ébahissement dans tout le pays, et des gens viendraient de Vemmenhög-Est, et de Torp et de Skurup; de toute la commune on viendrait le voir. Et peut-être ses parents le conduiraient-ils à la foire de Kivik pour le montrer.
C’était terrifiant. Il aimerait mieux que personne ne le vît plus jamais. Quel malheur que le sien! Nul n’était aussi à plaindre. Il n’était plus un homme, mais un monstre.
Il commençait peu à peu à comprendre ce que cela signifiait de n’être plus un homme. Il était dorénavant séparé de tout: il ne pourrait plus jouer avec d’autres gamins; il ne pourrait pas prendre à bail la ferme après ses parents, et très certainement il ne trouverait jamais de jeune fille qui voudrait l’épouser.
Il regardait sa maison. C’était une petite chaumière de torchis qui semblait s’enfoncer dans la terre sous le poids d’un toit de paille haut et escarpé. Les dépendances étaient aussi toutes petites, les bouts de champs si étroits qu’un cheval y trouvait à peine la place de tourner. Mais si petite et pauvre qu’elle fût, cette demeure était maintenant trop bonne pour lui. Il n’avait plus le droit de demander rien de mieux qu’un trou sous le plancher de l’écurie.
Il faisait un temps merveilleusement beau. Tout autour de lui l’eau ruisselait, les branches bourgeonnaient, les oiseaux gazouillaient. Lui seul portait un gros chagrin. Il ne se réjouirait plus de rien.
Jamais il n’avait vu le ciel aussi bleu. Les oiseaux migrateurs passaient par bandes. Ils revenaient de l’étranger; ils avaient traversé la Baltique, se dirigeant droit sur le cap de Smygehuk, et maintenant ils allaient vers le nord. Il y en avait de différentes espèces, mais il ne reconnaissait que les oies sauvages, qui volaient sur deux longues lignes formant un angle.
Plusieurs bandes d’oies avaient déjà passé. Elles volaient très haut, mais il entendait pourtant leurs cris: «Nous partons pour les fjells. Nous partons pour les fjells.»
Lorsque les oies sauvages apercevaient les oies domestiques qui se promenaient dans la basse-cour, elles abaissaient leur vol, et criaient: «Venez avec nous! Venez avec nous! Nous partons pour les fjells.»
Les oies domestiques ne pouvaient s’empêcher de lever la tête pour écouter. Mais elles répondaient, pleines de bon sens: «Nous sommes bien ici. Nous sommes bien ici.»