C’était, comme nous l’avons dit, un jour merveilleusement beau avec un air qui invitait au vol, si frais, si léger. A mesure que de nouvelles bandes passaient, les oies domestiques devenaient plus inquiètes. Elles battaient par moment des ailes comme décidées à suivre les oies sauvages. Mais chaque fois il se trouvait parmi elles quelque vieille commère qui disait: «Ne faites donc pas les folles. Celles-là auront à souffrir de la faim et du froid.»
Or, il y avait un jeune jars à qui les appels des oies sauvages avaient donné une grande envie de partir.—«S’il vient encore une bande, je l’accompagnerai», dit-il.
Une nouvelle bande arriva, appelant comme les précédentes. Alors le jars répondit: «Attendez! Attendez! Je viens.»
Il déploya ses ailes et s’éleva dans l’air, mais il avait si peu l’habitude de voler qu’il retomba à terre.
Les oies sauvages semblaient cependant avoir entendu son cri. Elles revinrent lentement en arrière pour voir s’il allait les rejoindre. «Attendez! Attendez!» criait-il, en faisant un nouvel effort.
Le gamin entendait tout du mur où il s’était caché. «Quel dommage si le grand jars allait s’envoler! Père et mère en auraient du chagrin s’il était parti lorsqu’ils reviendront du temple.»
Il en oublia une fois encore qu’il était petit et sans force. Il sauta au milieu des oies, et jeta ses bras autour du cou du jars. «Tu resteras ici, tu entends», cria-t-il.
Mais juste à ce moment, le jars avait compris ce qu’il fallait faire pour s’élever du sol. Il ne put s’arrêter pour secouer le gamin, et celui-ci fut emporté dans l’air.
Il fut enlevé avec une rapidité qui lui donna le vertige. Avant d’avoir pensé à lâcher prise, il se trouva si haut qu’il se serait tué s’il était tombé à terre.
Il n’avait plus qu’à essayer de se hisser sur le dos de l’oie. Il y parvint, mais avec beaucoup de peine. Il n’était pas facile non plus de se maintenir sur le dos lisse et glissant, entre les deux ailes battantes. Il dut plonger ses deux mains dans les plumes et le duvet pour ne pas être précipité.