—Tu dis que tout passe, dit-elle. Eh bien! je te révélerai, moi, quelque chose qui ne changera pas. Il y aura toujours jusqu’à la fin du monde en ce pays des paysans têtus et orgueilleux comme toi.

Mais alors le paysan se leva, joyeux et satisfait, et la remercia chaleureusement. Il partait enfin heureux, dit-il.

—En vérité, je ne comprends pas ta pensée, dit la dame d’Ulvâsa.

—Eh bien! je pense, ma chère dame, expliqua le paysan, que tout ce que les rois et les gens des monastères et les seigneurs et les citadins pourront fonder et construire ne durera que quelques années, mais vous me dites que l’Ostrogothie aura toujours des paysans honnêtes et résistants. Alors, je sais que le pays gardera son vieil honneur. Car seuls ceux qui se penchent sur l’éternel labeur de la terre pourront maintenir de siècle en siècle la prospérité et la gloire de ma province.


XIX
LE LÉ DE BURE

Samedi, 23 avril.

Nils volait très haut dans l’air; au-dessous de lui s’étendait la grande plaine de l’Ostrogothie. Il s’amusait à compter les églises blanches dont les flèches surgissaient d’entre les bouquets d’arbres. Il eut vite fait d’en compter cinquante. Puis il s’embrouilla et ne continua pas.

La plupart des fermes étaient de grandes maisons blanches à deux étages, d’aspect si superbe que Nils n’en revenait pas. «Il faut croire qu’il n’y a pas de paysans dans ce pays-ci, pensait-il, puisqu’il n’y a pas de fermes de paysans.»

Tout à coup les oies sauvages se mirent à crier: «Ici les paysans vivent comme des seigneurs. Ici les paysans vivent comme des seigneurs.»