Ce qui augmentait le péril pour les enfants, c’est qu’ils ne découvraient pas un vaste horizon: ils ne pouvaient pas voir où les crevasses les empêcheraient de passer. Ils erraient au hasard, et s’éloignaient de la terre au lieu de s’en rapprocher. Égarés, épouvantés devant la glace qui se craquelait et se fendait, ils s’arrêtèrent enfin et se mirent à pleurer.
A ce moment un triangle d’oies sauvages passait en un vol qui ressemblait à un sifflement. Elles criaient et caquetaient; les enfants crurent entendre au milieu de ce caquetage les mots: «Allez à droite, à droite, à droite.»
Ils suivirent le conseil, mais bientôt ils durent de nouveau s’arrêter, interdits, devant une large crevasse.
De nouveau ils entendirent crier les oies, et ils distinguèrent les mots: «Attendez où vous êtes. Attendez où vous êtes!»
Les enfants n’échangèrent pas un mot, mais obéirent. Bientôt les bancs de glace se rejoignirent, de sorte qu’ils purent franchir la crevasse. De nouveau ils se donnèrent la main pour courir. Cet étrange secours ne les effrayait pas moins que le danger.
Dès qu’ils hésitèrent de nouveau, la voix se fit entendre: «Droit devant vous. Droit devant vous.»
Cela continua pendant une demi-heure. Enfin ils atteignirent la pointe de Lunger, et purent quitter la glace et gagner la terre à travers l’eau peu profonde. Arrivés sur le sol ferme, ils ne s’arrêtèrent même pas, tant la peur les harcelait, pour regarder le lac où les vagues commençaient à culbuter les blocs de glace. Ce ne fut qu’après un moment qu’Asa s’arrêta. «Attends un peu ici, petit Mats, dit-elle. J’ai oublié quelque chose.»
Elle courut vers la rive, se mit à fouiller dans son sac, et en retira un petit sabot qu’elle posa sur une pierre bien en évidence. Puis elle rejoignit vite son frère.
A peine eut-elle tourné le dos qu’une grande oie blanche piqua droit sur la pierre, s’empara du sabot et remonta aussi rapidement.