Samedi, 7 mai.

Il y a quelques années, vivait au Skansen, ce grand jardin de Stockholm où l’on a réuni tant de choses curieuses d’autrefois, un petit bonhomme, nommé Klement Larsson. Il était du Helsingland, et était venu au Skansen pour jouer des rondes populaires et de vieux airs sur son violon. C’était surtout les après-midi qu’il exerçait son art de ménétrier. Pendant la matinée il gardait l’une des curieuses vieilles maisons de paysan que l’on a transportées au Skansen de toutes les parties de la Suède.

Les premiers temps, Klement s’estimait très heureux de pouvoir passer ainsi sa vieillesse, mais bientôt il commença à s’ennuyer terriblement, surtout aux heures de garde. Passe encore lorsqu’il venait du monde pour visiter la vieille maison, mais parfois Klement était seul des heures durant. Alors il souffrait si fort du mal du pays qu’il craignait d’être obligé de renoncer à sa place. Klement était très pauvre; il savait que, rentré dans son pays, il tomberait à la charge de l’assistance publique. Aussi s’efforçait-il de tenir le plus longtemps possible, mais il se sentait tous les jours plus malheureux.

Un bel après-midi, au commencement de mai, Klement, ayant obtenu quelques heures de liberté, descendait la pente raide du Skansen; il rencontra un pêcheur qui rentrait, un filet sur le dos. C’était un vigoureux jeune homme; il venait fréquemment au Skansen offrir des oiseaux de mer qu’il avait capturés vivants: Klement l’avait vu souvent.

Le pêcheur arrêta Klement pour lui demander si le directeur du jardin était là, et Klement à son tour s’enquit de ce qu’il avait à vendre. «Je veux bien te montrer ce que j’apporte, dit le pêcheur; en revanche, conseille-moi sur le prix que je puis demander.»

Il tendit son filet. Klement jeta un coup d’œil et recula effaré. «Qu’est-ce que c’est que ça? Asbjörn! balbutia-t-il, où as-tu pris celui-là?»

Il se rappelait que, tout enfant, il avait entendu sa mère parler du peuple des tomtes, qui demeurait sous le plancher et se fâchait lorsque les enfants criaient trop ou n’étaient pas sages. Devenu grand, il avait cru que la mère avait inventé cette histoire des tomtes pour le faire tenir tranquille. Or voilà que dans le cabas d’Asbjörn il en voyait un!

Klement n’avait pu se débarrasser complètement de ces terreurs enfantines; un petit frisson lui courut le long du dos. Asbjörn s’en aperçut et se mit à rire. «Je ne l’ai pas guetté, tu sais, dit-il. C’est lui qui est venu à moi. J’étais allé en mer de très bonne heure ce matin. A peine avais-je quitté la terre qu’une bande d’oies sauvages est passée en criant. Je leur ai envoyé un coup de fusil, je les ai manquées; mais ce petit bonhomme a dégringolé; il est tombé à l’eau si près de mon bateau que je n’ai eu qu’à étendre le bras pour le prendre.»

—Il n’a pas été atteint au moins, Asbjörn? demanda Klement.

—Non, non. Il est sain et sauf. En tombant il ne savait pas d’abord où il était et je lui ai attaché les pieds et les mains avec un bout de ficelle pour qu’il ne se sauve pas. Je me suis dit tout de suite que c’était quelque chose pour le Skansen.