Klement se sentit l’âme oppressée. Tout ce qu’il avait entendu raconter dans son enfance sur les gens du «petit peuple», leur esprit vindicatif et leur promptitude à secourir leurs amis, lui revint en mémoire. Jamais ils n’avaient eu de chance, ceux qui avaient essayé de retenir un tomte prisonnier.

—Ne dit-il rien? demanda Klement.

—Si, au début il essaya d’appeler les oiseaux, mais je l’ai bâillonné pour l’en empêcher.

—Mais, Asbjörn! à quoi penses-tu? s’écria Klement effrayé. Ne comprends-tu pas que c’est un être surnaturel?

—Je ne sais ce que c’est, répliqua Asbjörn impassible. Que d’autres en décident. Je serai content si seulement on me l’achète. Dis-moi maintenant ce que tu penses que le directeur m’en donnera.

Klement garda un moment le silence. Une véritable angoisse lui étreignait le cœur. Il lui semblait que sa vieille mère était à côté de lui, le suppliant d’être bon pour le «peuple des petits».

—Je ne sais ce que le directeur t’en donnerait, Asbjörn, dit-il, mais moi je t’offre vingt couronnes si tu veux me le laisser.

Ébahi, le pêcheur regarda Klement, en s’entendant offrir cette grosse somme. Il se dit que Klement croyait sans doute le tomte doué d’un pouvoir secret et qu’il pourrait lui être utile. En outre il avait vaguement l’impression que le directeur serait moins généreux; il accepta.

Le ménétrier fourra le tomte dans une de ses larges poches, retourna au Skansen, et entra dans une des cabanes où il n’y avait ni visiteurs ni gardien. Puis, ayant refermé soigneusement la porte, il saisit son prisonnier qui avait encore les pieds et les mains liés et la bouche bâillonnée, et le posa sur une table.

—Et maintenant écoute bien ce que je te propose! dit Klement. Je sais que les êtres de ton espèce n’aiment pas à être vus des hommes, et qu’ils veulent besogner et travailler seuls. J’ai donc pensé te rendre la liberté, mais à la condition expresse que tu restes ici dans le jardin jusqu’à ce que je te permette d’en sortir. Si tu acceptes, tu hocheras la tête trois fois.