Le gamin ne put s’empêcher de rire en contemplant tous ces carreaux.
Mais quand elles l’entendirent, les oies sauvages crièrent sur un ton de reproche: «Pays bon et fertile, pays bon et fertile».
Il reprit vite son sérieux: «Comment, songeait-il, oses-tu rire après la plus terrible mésaventure qui puisse arriver à un être humain?»
Il demeura grave un moment, mais bientôt la gaieté le reprit.
Il s’habituait à cette façon de voyager, à la vitesse, et pouvait songer à autre chose qu’à se maintenir sur le dos du jars; il commençait à observer combien l’espace était rempli de bandes d’oiseaux, tous en route vers le nord. Et c’étaient des cris et des appels d’une bande à l’autre.
—Ah! vous voilà, vous avez fait la traversée aujourd’hui? criaient les uns.
—Mais oui, mais oui, répondaient les oies. Où en est le printemps ici?
—Pas une feuille aux arbres et l’eau est glaciale dans les lacs, répondit-on.
Lorsque les oies traversaient un endroit où l’on voyait des oiseaux domestiques, elles les hélaient: «Comment s’appelle cette ferme! Comment s’appelle cette ferme?» Alors le coq tendait le cou et chantait: «La ferme s’appelle Petit-Champ, cette année comme l’an dernier, cette année comme l’an dernier.»
La plupart des fermes portaient le nom de leur propriétaire, comme c’est l’usage en Scanie, mais au lieu de répondre que c’était la ferme de Per Matson ou de Ola Bosson, les coqs inventaient des noms qu’ils trouvaient plus convenables. Dans les chaumières pauvres et les petites métairies, ils criaient: «Cette ferme s’appelle Grain-volant»; et dans les plus misérables: «Cette ferme s’appelle Mâche-petit! Mâche-petit! Mâche-petit!»