Les vastes fermes des paysans riches recevaient de beaux noms, comme Champ fortuné, Colline aux œufs, Bourg d’argent.

Mais les coqs des châteaux et des grands domaines étaient trop orgueilleux pour plaisanter. L’un d’eux chanta et cria comme s’il avait voulu se faire entendre jusqu’au soleil: «Voici le château de Dybeck, cette année comme l’an dernier, cette année comme l’an dernier!»

Et un peu plus loin un autre criait: «Voici Svaneholm. Tout le monde le sait.»

Le gamin remarqua que les oies ne se dirigeaient pas en ligne droite. Elles volaient et planaient sur toute la grande plaine de Scanie comme si, heureuses d’être de retour, elles voulaient saluer chaque maison.

Elles arrivèrent à un endroit où se dressaient quelques grands bâtiments lourds, surmontés de hautes cheminées, et entourés de maisonnettes.

«C’est la raffinerie de Jordberga, criaient les coqs. C’est la raffinerie de Jordberga!» Le gamin tressaillit. Comment n’avait-il pas reconnu cet endroit? Ce n’était pas très loin de chez lui; l’été précédent il y avait été placé comme petit pâtre. Mais vu d’en haut, tout avait un autre aspect.

Jordberga! Jordberga! Et Asa, la gardeuse d’oies, et le petit Mats qui avaient été ses camarades! Comme il aurait aimé savoir s’ils étaient encore là. Qu’est-ce qu’ils auraient dit, s’ils s’étaient douté que Nils volait en ce moment au-dessus de leur tête?

Mais bientôt on perdit de vue Jordberga; on vola vers Svedala et Skabersjö, pour revenir vers le couvent de Börringe.

Le gamin vit plus de la Scanie en cette seule journée que pendant toutes les années qu’il avait vécu.

Lorsque les oies sauvages rencontraient des oies domestiques, c’est alors qu’on s’amusait le plus; elles volaient très lentement en appelant: «Nous voilà en route pour les fjells. Venez-vous? Venez-vous?»