Mais les oies domestiques répondaient: «L’hiver est encore dans le pays. Vous êtes venues trop tôt. Repartez! Repartez!»
Les oies sauvages descendaient très bas pour se faire bien entendre, et criaient: «Venez, nous vous apprendrons à voler et à nager!»
Irritées, les oies domestiques ne daignaient même pas caqueter une réponse.
Les oies sauvages s’abaissaient encore davantage jusqu’à effleurer presque le sol, puis elles remontaient comme des flèches en faisant semblant d’être effrayées. «Aï, aï, aï! criaient-elles. Ce n’étaient pas des oies. Ce n’étaient que des moutons. Ce n’étaient que des moutons.»
Alors les oies domestiques étaient furieuses et criaient: «Puisse-t-on vous fusiller et vous abattre toutes tant que vous êtes, tant que vous êtes!»
En entendant ces plaisanteries, le gamin riait. Puis, l’idée de son malheur lui revenant, il pleurait, pour rire de nouveau quelques moments plus tard. Jamais auparavant il n’avait voyagé avec cette rapidité; il avait toujours aimé aller à cheval, vite, follement vite. Mais naturellement il n’avait jamais imaginé que l’air fût là-haut si délicieusement frais ni qu’on y respirât d’aussi bonnes senteurs de terre humide et de résine montant du sol. Jamais non plus il ne s’était rendu compte de ce que ce serait que de voler si haut au-dessus de la terre. C’était en quelque sorte s’envoler loin des soucis et des chagrins et des ennuis de toute espèce.
II
AKKA DE KEBNEKAÏSE
LE SOIR
Le grand jars qui s’était élancé à la suite des oies sauvages, se sentait très fier de parcourir le pays en leur compagnie et de taquiner et railler les oiseaux domestiques. Mais tout heureux qu’il fût, il n’en commença pas moins à se fatiguer vers le soir. Il essaya de respirer plus profondément et de donner des coups d’ailes plus rapides, mais il eut beau faire, il resta de plusieurs longueurs en arrière.