—C’est Poucet, Gorgo. Je suis en train de limer quelques fils de fer pour que tu puisses t’envoler.

L’aigle leva la tête et dans la nuit claire il aperçut le gamin. Il eut un mouvement d’espoir, auquel succéda vite l’abattement.

—Je suis un grand oiseau, Poucet, dit-il. Comment veux-tu limer assez de fils pour me laisser passer? Il vaut mieux ne pas te fatiguer et me laisser où je suis.

—Dors! et ne t’occupe pas de moi! dit le gamin sans se laisser décourager. Je te délivrerai avant que tu ne sois tout à fait abîmé.

Gorgo se replongea dans le sommeil; quand il se réveilla, il vit que plusieurs fils étaient limés. Ce jour-là il fut moins assoupi que les jours précédents. Il exerça un peu ses ailes en voletant entre les branches pour secouer la rigidité de ses membres.

Un matin, au moment où la première lueur de l’aube s’allumait sous le ciel, Poucet l’éveilla.

—Essaie maintenant, Gorgo!

L’aigle leva la tête. Le gamin avait fait un assez grand trou dans le filet. Gorgo remua les ailes et y monta. Deux ou trois fois il échoua, et retomba dans la volière, mais finalement il se dégagea et sortit.

D’un vol fier il monta jusqu’aux nuages. Le petit Poucet le regardait avec mélancolie, souhaitant que quelqu’un lui rendît la liberté à lui aussi. «Si je n’étais pas lié par ma promesse, pensait-il, je trouverais bien un oiseau qui me ramènerait parmi les oies.»

On s’étonnera peut-être que Klement Larsson n’eût pas rendu la liberté au tomte, mais il faut se rappeler combien le petit ménétrier avait la tête tournée en quittant le Skansen. Le matin de son départ il avait pourtant songé au tomte; malheureusement il ne trouva pas de bol bleu. Et tous les gens du Skansen, Lapons, Dalécarliennes, jardiniers et ouvriers, tous venaient prendre congé de lui. Au moment du départ, n’ayant toujours pas pu mettre la main sur un bol bleu, il eut recours aux services d’un vieux Lapon: «Il y a ici au Skansen un tomte, lui confia-t-il. Je lui donne à manger tous les matins. Prends ces quelques sous; tu achèteras un bol bleu; tu y mettras demain matin un peu de nourriture et le placeras sous le perron de la cabane de Bollnäs.» Le Lapon eut l’air très étonné, mais Klement n’avait pas le temps de lui fournir de longues explications, car il était temps de se rendre à la gare.