Or, le Lapon était en effet descendu dans la ville pour exécuter sa promesse, mais, ne trouvant pas de bol bleu qui fît son affaire, il en acheta un blanc que par la suite il remplit régulièrement tous les matins et plaça à l’endroit indiqué.

Voilà comment, Klement étant parti, Nils demeura retenu au Skansen par sa promesse.

Cette nuit-là le gamin soupirait plus que jamais après la liberté, car le printemps et l’été étaient venus pour tout de bon. Le sol était vert, les bouleaux et les peupliers arboraient des feuilles soyeuses, les cerisiers et beaucoup d’autres arbres étaient en fleurs, les chênes dépliaient prudemment leurs petites feuilles, les pois, les haricots et les choux poussaient dans les plates-bandes du Skansen. «Comme il serait bon de naviguer dans l’air tiède sur le dos du jars par une belle journée et de regarder la terre parée et ornée d’herbe verte et de belles fleurs!»

Assis sur le toit de la volière, il réfléchissait à ces choses, quand l’aigle descendit subitement comme une flèche, et se posa à côté de lui.

—J’ai seulement voulu vérifier si mes ailes ont encore de la force, expliqua-t-il. Tu n’as pas cru, j’espère, que je t’abandonnais dans la captivité? Monte sur mon dos, et je te conduirai auprès de tes camarades de voyage.

—Impossible, soupira Nils. J’ai donné ma parole de rester ici, jusqu’à ce qu’on me rende ma liberté.

—Qu’est-ce que tu racontes? fit Gorgo. On t’a amené ici de vive force, puis on t’a contraint de donner ta promesse, et tu te prétends lié par une promesse ainsi extorquée?

—Je te remercie de ta bienveillance, mais il faut que je la tienne, cette parole. Tu ne peux rien pour moi.

—Je ne peux rien? Nous verrons bien, dit Gorgo.

Au même moment il saisit Nils Holgersson entre ses fortes serres, s’éleva avec lui jusque dans les nuages, et disparut dans la direction du nord.