Nils approuva fort cette proposition.

—Je vois bien, Gorgo, que tu as eu une mère adoptive sage comme la vieille Akka de Kebnekaïse. Puis il ajouta qu’il avait entendu dire que Klement était de Helsingland.

—Alors nous chercherons dans tout le Helsingland, depuis Lingbo jusqu’à Mellansjö. Et demain soir je pense bien que tu pourras t’entendre avec cet homme, dit Gorgo.

Ils se remirent en route, en bons amis cette fois. Nils prit place sur le dos de l’aigle qui le porta rapidement à travers tout le Gestrikland.

Après avoir atteint la contrée forestière du nord de la province, Gorgo descendit, se posa sur le sommet d’une montagne dénudée, et, quand le gamin eut mis pied à terre, il lui dit:

—Il y a du gibier ici, et je ne me croirai vraiment libre que lorsque j’aurai fait une partie de chasse. Occupe-toi comme tu voudras pendant ce temps, mais trouve-toi ici au coucher du soleil.

Seul là-haut, le gamin se sentit assez désemparé. Il s’assit sur une pierre et regarda la montagne nue et les grandes forêts d’en bas. Il n’y était pas depuis longtemps, quand il entendit chanter dans les bois, et vit quelque chose de clair monter entre les arbres. Il reconnut bientôt un drapeau bleu et jaune, et comprit, par le chant et le gai brouhaha, que le drapeau précédait un cortège qu’il ne pouvait encore distinguer. Le drapeau montait le long des sentiers zigzaguants. Où allait-il? Montait-il par hasard au vilain plateau nu où Nils était assis? Cependant le drapeau débouchait à la lisière de la forêt, suivi par tous ceux à qui il montrait la route. Il y eut un fourmillement de têtes et tant d’animation, que Nils n’eut pas le temps de s’ennuyer un seul instant.

LE JOUR DE LA FORÊT

Sur le large dos de la montagne où Gorgo avait laissé Poucet, un incendie avait passé, une dizaine d’années auparavant. Les arbres carbonisés avaient été abattus et enlevés. La hauteur s’élevait, nue et terriblement déserte. Des souches noires entre les pierres témoignaient que jadis il y avait eu là des bois, mais on ne voyait nulle part les jeunes pousses sortir de la terre.

Les gens s’étonnaient que la montagne ne se reboisât pas, mais on oubliait que lors du grand incendie le sol avait souffert d’une longue sécheresse. Aussi non seulement les arbres avaient tous brûlé ainsi que la bruyère et la mousse, le myrte bâtard et l’airelle, toute la végétation; mais le terreau même, peu profond sur le rocher, était devenu sec et friable comme de la cendre. Au moindre souffle il tourbillonnait, et la hauteur, balayée par tous les vents, découvrit bientôt son ossature de roc. L’eau des pluies contribuait encore à emporter la terre, et depuis dix ans que le vent et l’eau s’étaient conjurés pour nettoyer la montagne, elle était devenue si dénudée et si chauve qu’on pouvait croire qu’elle resterait ainsi jusqu’à la fin du monde.