Mais voici qu’un jour, on avait convoqué tous les enfants de la commune devant une des écoles, chacun d’eux portant sur une épaule une pioche ou une bêche, et à la main un panier de provisions. La petite armée se mit en route vers la montagne, drapeau en tête, escortée des maîtres et des maîtresses d’écoles, et suivie de deux gardes forestiers et d’un cheval qui traînait une charretée de plants de pin et de graines de sapin.
Cette longue procession suivit les vieux petits chemins des chalets d’été; les renards étonnés sortaient le museau de leurs tanières et se demandaient quels étaient ces gardeurs de bestiaux sans bêtes. Elle traversa les clairières des anciennes meules de charbon; et les becs-croisés se disaient en eux-mêmes: «Quels sont donc ces nouveaux charbonniers?»
Enfin le cortège arriva sur la hauteur incendiée. Les pierres s’y étalaient nues, sans ce revêtement de fines guirlandes de linnées qu’elles avaient jadis; les roches s’étaient dépouillées de la belle mousse argentée et du lichen que broutent les rennes. L’eau noire qui stagnait aux creux des rochers n’était bordée ni de feuilles de calla ni de surelles. Les petits coins de terre qui restaient dans les crevasses ne portaient ni fougères, ni pyroles blanches, ni rien de toutes ces choses vertes, rouges, légères, délicates, gracieuses qui d’ordinaire tapissent le fond des forêts.
On eût dit qu’un rayon de soleil illuminait la montagne grise, lorsque les enfants de la commune s’y répandirent. On y revoyait donc quelque chose de fin, de gai, de frais, de rose, quelque chose de jeune et de vivant!
Lorsque les enfants se furent reposés et que leurs paniers de provisions leur eurent rendu des forces, ils saisirent leurs pioches et leurs bêches. Le garde forestier leur montra comment s’y prendre pour planter les petits pins partout où ils pouvaient trouver un peu de terreau.
Tout en jardinant les enfants s’entretenaient, d’un air grave et capable, de l’importance de leur travail. Les petits plants de pin lieraient le terreau et empêcheraient le vent de l’emporter. Puis il se formerait du terreau nouveau sous les arbres, des graines y tomberaient, et dans quelques années, on cueillerait des framboises et des myrtilles là où aujourd’hui il n’y avait que le roc nu. Et les petits plants deviendraient de grands arbres. On en bâtirait peut-être un jour des maisons et de beaux navires.
—Il est heureux que nous soyons venus maintenant, pendant qu’il reste encore un peu de terre dans les creux, disaient les enfants. Une minute de plus: il eût été trop tard. Et ils sentaient vivement leur importance.
Pendant que les enfants travaillaient, père et mère se demandaient curieusement s’ils réussiraient. Ce n’était évidemment qu’une plaisanterie que de faire planter des bois à des mioches pareils, mais ce serait drôle de les voir à l’œuvre. Et voilà le père et la mère en route pour la montagne. Dans la forêt ils rencontraient d’autres parents.
—Vous allez là-haut?
—Mais oui.