—Maintenant nous entrons en Laponie! avait dit Gorgo tout à coup, et Nils s’était senti très déçu en ne voyant que des marais infinis et des bois ininterrompus. La monotonie du paysage avait fini par l’assoupir. Alors il avait dit à Gorgo qu’il n’en pouvait plus, qu’il avait besoin de dormir.

Gorgo était descendu à terre, et Nils s’était jeté sur la mousse, mais l’aigle l’avait saisi dans ses serres et était remonté.

—Dors, Poucet! avait-il crié. Le soleil me tient éveillé et j’ai envie de continuer le voyage.

Et en dépit de l’incommodité de sa position, il s’était en effet endormi et il avait rêvé.

Il marchait sur une large route au sud de la Suède, aussi vite que pouvaient le porter ses petites jambes. Il n’était pas seul: à côté de lui marchaient des brins de seigle aux épis lourds, des bluets et de jaunes chrysanthèmes; des pommiers cheminaient, ployant sous le fardeau de leurs belles pommes, suivis de haricots grimpants pleins de cosses, et de véritables fourrés de groseilliers. De superbes arbres, hêtres, chênes, tilleuls, s’avançaient lentement: ils tenaient le milieu du chemin, ne s’écartaient devant personne, et faisaient bruire fièrement leur feuillage. Entre les pieds de Nils couraient des fleurs et des simples: fraisiers, anémones, trèfle et myosotis. En regardant mieux, Nils découvrit que des hommes et des animaux faisaient aussi partie du cortège. Des insectes voletaient parmi les plantes; des poissons dans les fossés de la route nageaient; des oiseaux chantaient dans les arbres en marche; des animaux domestiques et sauvages luttaient de vitesse, et, au milieu de tout ce fourmillement de bêtes et de plantes, marchaient des hommes, quelques-uns munis de bêches et de faux, d’autres de haches, d’autres de fusils de chasse, et d’autres encore de filets de pêche.

Le cortège s’avançait allégrement, et Nils ne s’en étonnait point depuis qu’il avait vu qui était en tête. Ce n’était ni plus ni moins que le soleil lui-même. Il roulait sur le chemin comme une grande tête rayonnante de gaîté et de bonté, avec une chevelure formée de rayons multicolores. «En avant! criait-il à chaque instant. Personne n’a besoin d’être inquiet tant que je suis là. En avant! En avant!»

—Je me demande où le soleil veut nous mener, murmura Nils. Un brin de seigle qui marchait à côté de lui avait entendu ces paroles et répondit:

—Il veut nous mener en Laponie pour faire la guerre au roi du grand engourdissement.

Nils s’aperçut, au bout d’un moment, que plusieurs des marcheurs semblaient devenir hésitants, qu’ils ralentissaient le pas, qu’enfin ils s’arrêtaient. Il vit ainsi rester en arrière le superbe hêtre; le chevreuil et le froment suspendaient en même temps leur marche, et aussi les ronces du mûrier sauvage, les marronniers et les perdrix.

Surpris, Nils regarda autour de lui. Il découvrit alors qu’on ne se trouvait plus au midi de la Suède: la marche avait été si rapide qu’on était déjà en Svealand.