En ce moment le chêne commençait à avoir l’air soucieux. Il s’arrêtait, faisait quelques pas, puis de nouveau s’arrêtait net.
—Pourquoi le chêne ne nous accompagne-t-il pas plus loin? demanda Nils.
—Il a peur du roi du grand engourdissement, répondit un jeune et blond bouleau qui avançait, crâne et gai.
Bien qu’on eût laissé beaucoup de monde en arrière, la marche n’en continuait pas moins courageusement. Le soleil roulait toujours en tête, et répétait avec un grand sourire épanoui:
—En avant! En avant! Personne n’a besoin d’être inquiet, tant que je suis là.
Bientôt on se trouva en Norrland, et le soleil eut beau appeler et sourire: le pommier s’arrêta, le cerisier s’arrêta, l’avoine s’arrêta. Le gamin se tourna vers eux:
—Pourquoi ne venez-vous pas? Pourquoi trahissez-vous le soleil?
—Nous n’osons pas. Nous craignons le grand engourdisseur qui demeure là-haut en Laponie, répondaient-ils.
Nils crut reconnaître bientôt qu’on avait pénétré en Laponie. Les rangs s’étaient singulièrement éclaircis. Le seigle, l’orge, le fraisier, les myrtilles, les petits pois, le groseillier étaient restés fidèles jusqu’ici. L’élan et la vache avaient marché côte à côte. Maintenant ils s’arrêtaient tous. Les hommes suivirent encore un bout de chemin, puis la plupart s’arrêtèrent. Le soleil aurait été presque abandonné si d’autres compagnons ne s’étaient pas joints au cortège: des buissons d’osier et une foule de petites plantes montagnardes, puis des Lapons et des rennes, des chouettes blanches, des lagopèdes alpins et des renards bleus.
Le gamin entendit tout à coup quelque chose qui avec fracas courait au-devant d’eux. C’étaient des fleuves et des ruisseaux qui s’échappaient en torrents.