—Qu’ont-ils donc à se sauver si précipitamment? demanda-t-il.
—Ils fuient devant le grand sorcier engourdisseur qui habite les fjells, expliqua un lagopède femelle.
Soudain Nils vit se dresser devant eux une haute paroi sombre, au sommet crénelé. A la vue de ce rempart, tous reculèrent effrayés. Mais le soleil tourna vers le mur son visage radieux. Il apparut alors que ce n’était point un rempart, qui leur barrait la route, mais une montagne magnifiquement belle, dont les pics s’élevaient les uns derrière les autres, rougissant au soleil, tandis que les pentes étaient bleu pâle avec des reflets d’or. Le soleil les exhortait, roulant vers le sommet:
—En avant! En avant! Pas de danger tant que je suis là, leur disait-il.
Mais pendant la montée, il fut abandonné par le jeune et hardi bouleau, le pin vigoureux et le sapin têtu. Puis le renne, le Lapon et l’osier l’abandonnèrent à leur tour. Enfin, lorsqu’on fut arrivé au haut de la montagne, seul le petit Nils Holgersson avait suivi le soleil.
Le soleil roula vers une crevasse dont les parois étaient tapissées de frimas. Nils aurait voulu le suivre encore, mais un spectacle terrible le cloua sur place. Au fond de la crevasse était assis un vieux troll. Son corps était de glace, ses cheveux de glaçons, son manteau de neige. A ses pieds étaient couchés trois loups noirs qui se levèrent et ouvrirent la gueule lorsque le soleil se montra. De la gueule de l’un d’eux sortit un froid pénétrant; de la gueule du second, un vent du nord mordant; et la gueule du troisième vomit de noires ténèbres.
—Voilà, sans doute le grand engourdisseur et sa suite, pensa Nils. Curieux de voir comment se passerait la rencontre du troll et du soleil, Nils demeura au seuil de la caverne.
Le troll ne bougea pas. Son sinistre visage de glace était fixé sur le soleil. Celui-ci, également immobile, ne faisait que sourire et rayonner. Un assez long moment se passa ainsi. Puis Nils crut voir que le troll commençait à s’agiter et à soupirer; il laissa glisser son manteau de neige, et les trois loups terribles hurlèrent un peu moins violemment. Mais soudain le soleil poussa un cri: «Mon temps est écoulé», et roula en arrière hors de la caverne. Le troll lâcha ses loups; la bise, le froid et les ténèbres se jetèrent à la poursuite du soleil.
—Chassez-le! Repoussez-le! criait le troll. Poursuivez-le pour qu’il ne revienne plus jamais! Apprenez-lui que la Laponie est à moi!
Nils Holgersson avait été saisi d’un tel effroi à l’idée que le soleil serait chassé de Laponie qu’il s’était réveillé en criant.