Nils résista à l’envie de tirer de son sommeil même le jars et continua son chemin.
Il eut à chercher assez longtemps avant de trouver d’autres oies. Mais tout à coup, il remarqua sur une légère éminence quelque chose qui ressemblait à un petit tertre gris. Arrivé au pied du monticule, il reconnut Akka de Kebnekaïse, qui, bien éveillée, contemplait la vallée comme si elle était chargée de la surveiller tout entière.
—Bonjour, mère Akka! cria Nils. Que je suis donc content de vous trouver éveillée. N’éveillez pas les autres. Je pourrai ainsi causer seul avec vous un moment.
La vieille oie-guide courut vers Nils. D’abord elle le saisit et le secoua, puis elle le caressa du bec du haut en bas, puis le secoua encore une fois. Toutefois elle ne dit rien puisque Nils lui avait demandé de laisser reposer les autres.
Poucet embrassa la vieille mère Akka sur les deux joues. Puis il se mit à lui raconter ses aventures au Skansen.
—Savez-vous qui j’ai trouvé captif là-bas? Smirre, le renard, à l’oreille entamée. Bien qu’il ait été mauvais pour nous, je n’ai pu m’empêcher de le plaindre. Il languissait sans la liberté. J’avais beaucoup d’amis là-bas, et un jour j’appris par le chien lapon qu’un homme était venu au Skansen demander à acheter des renards. Il était d’une île éloignée de l’archipel de Stockholm. Là-bas dans son île on avait exterminé tous les renards, et voilà que les rats s’étaient tant multipliés qu’on regrettait les renards. Dès que j’eus appris cette nouvelle, je courus à Smirre et lui dis:
—Demain, Smirre, il viendra des hommes chercher un couple de renards. Ne te cache pas alors, mais laisse-toi prendre. Tu retrouveras ainsi la liberté.—Il a obéi à mon conseil et en ce moment-ci il doit être libre de nouveau et courir dans l’île. Qu’est-ce que vous en dites, mère Akka? Ai-je bien fait?
—C’est ce que j’aurais voulu faire moi-même, approuva l’oie.
—Je suis bien aise que vous m’approuviez, continua Nils. Il y a encore une chose que je voulais vous demander. J’ai vu un jour apporter au Skansen Gorgo, l’aigle. Il avait l’air piteux, et j’ai songé à limer quelques fils de fer de sa volière pour le laisser sortir. Puis je me suis dit que c’était un dangereux brigand, un mangeur d’oiseaux. Je ne savais si j’avais le droit de le relâcher, et j’ai pensé qu’il valait peut-être mieux le laisser où il était. Qu’en pensez-vous, mère Akka? Je n’ai pas eu tort, n’est-ce pas, de raisonner ainsi?
—Tu as eu tort, répondit Akka sans hésiter. Quoi qu’on dise des aigles, ce sont des oiseaux fiers et qui aiment la liberté plus que tous les autres animaux, et l’on ne doit pas les retenir captifs. Sais-tu ce que je te proposerai? Dès que tu seras reposé, nous deux nous ferons un voyage jusqu’à cette grande prison d’oiseaux pour que tu délivres Gorgo.