Lorsque les touristes furent partis et que Nils put regarder autour de lui, il ne vit d’oies sauvages nulle part. Aucun jars blanc ne vint le chercher. Il appela plusieurs fois, mais en vain. Il ne crut pas un instant que les oies l’eussent abandonné, mais il eut peur qu’un malheur ne leur fût arrivé, et il se creusait la tête pour trouver un moyen de les rejoindre, quand Bataki, le corbeau, tout à coup s’abattit près de lui.

Jamais Nils n’aurait cru qu’il saluerait Bataki aussi joyeusement:

—Mon cher Bataki, lui dit-il, quelle chance que tu sois venu ici! Pourrais-tu me donner des nouvelles du jars blanc et des oies sauvages?

—Je viens de leur part, dit Bataki. Akka avait aperçu un chasseur et elle n’a pas osé t’attendre. Elle m’a chargé de te ramener auprès de tes amis. Monte donc sur mon dos, et nous les aurons vite rejoints.

Nils s’installa sur le dos du corbeau, qui l’emporta vers le sud. Ils descendirent dans une large vallée. Le pays était très beau: de hautes montagnes comme dans le Jemtland, mais très peu de terres cultivées, très peu de villages. Bataki s’abattit dans un chaume, et fit descendre Nils.

—Il y a eu ici de l’orge cet été, dit-il; tâche d’en trouver quelques grains à manger.

Pendant que Nils cherchait des épis, en détachait les grains et mangeait, Bataki causa avec lui.

—Tu vois ce grand et beau fjell qui s’élève là-bas droit au sud? commença-t-il.

—Oui, je vois.

—Eh bien, il s’appelle le Sonfjell, continua le corbeau, et il y a eu là énormément de loups jadis. Les gens qui habitaient la vallée de ce fleuve ont eu souvent bien du mal à se tirer d’affaire.