L’homme comprit que le conseil était bon et s’étonna de n’y pas avoir songé avant. Il remit les rênes à la vieille femme, détacha les cordes qui retenaient les baquets et les fûts et les laissa rouler à terre. Les loups effrayés, puis curieux, s’arrêtèrent pour examiner ce que c’était; cela donna au traîneau un moment d’avance.

—Si cela ne suffit pas, je me jetterai aux loups moi-même, dit la vieille femme. Peut-être alors échapperas-tu.

Pendant qu’elle parlait, l’homme était en train de dégager une énorme cuve. Tout à coup il s’arrêta.

—Un homme et un cheval en bon état, pensait-il, sont-ils donc vraiment forcés de laisser dévorer une vieille femme par les loups pour se sauver? Certes, il doit y avoir un moyen de salut. Mais lequel?

Il reprit son travail. Il s’agissait maintenant de faire basculer par-dessus les bords du traîneau la lourde cuve.

Tout à coup l’homme s’arrêta de nouveau et éclata de rire.

La vieille femme le regarda, le croyant fou. L’homme riait parce qu’il avait trouvé le moyen de les sauver. Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt?

—Écoute, Maline, ce que je te dis! fit-il. Tu conduiras le traîneau au plus vite jusqu’au village de Linsäll. Tu diras aux gens que je suis seul sur la glace au milieu des loups et qu’ils viennent me secourir.

L’homme attendit jusqu’à ce que les loups fussent tout près du traîneau. Alors il fit tomber l’énorme cuve, sauta lui-même en bas, et se glissa sous la cuve.

Celle-ci, faite pour brasser la bière de Noël pour toute une grande ferme, le contenait facilement. Les loups bondirent autour, essayant en vain de la basculer et mordant les jables. La cuve était lourde et solide. L’homme était hors de danger.