Elle avait fixé l’étrange créature qui remuait sur le sol au point que ses yeux semblaient lancer des flammes. Enfin la curiosité l’avait emporté sur la prudence et elle était descendue voir ce que c’était.

Tandis que le gamin parlait, elle se pencha en avant pour mieux l’examiner.

—Il n’a ni griffes ni piques, pensait-elle, mais qui me dira qu’il ne possède pas un dard empoisonné ou une autre arme encore plus dangereuse? Je ferai bien de me tenir sur mes gardes.

—Le domaine s’appelle Mârbacka, répondit-elle, et il a été jadis habité par des bourgeois. Mais qui es-tu, toi?

—Je songe à venir m’installer ici, dit le gamin sans répondre à la question de la chouette.

—Le domaine n’est pas grand’chose maintenant en comparaison de ce qu’il a été autrefois, dit la chouette, mais on peut toujours trouver à y vivre. Cela dépend surtout du genre de vie que tu veux mener et de ce que tu manges. Comptes-tu t’adonner à la chasse aux rats?

—Dieu m’en garde, fit le gamin. Il y a plus de danger que les rats ne me dévorent, moi. Je ne pourrais certes pas leur faire beaucoup de mal.

—Ce n’est pas possible qu’il soit aussi inoffensif qu’il veut bien le faire croire, se dit la chouette. Essayons toujours!

Là-dessus elle s’éleva en l’air, puis fondit sur Nils Holgersson, et lui enfonça ses griffes dans les épaules, en cherchant du bec à lui crever les yeux. D’un bras, le gamin se couvrit le visage; de l’autre il essaya de se dégager, en appelant au secours de toutes ses forces. Il se rendait compte qu’il était en péril de mort.

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