—Quelle chance étonnante de rencontrer quelqu’un qui a parcouru toute la Suède sur le dos d’une oie! se disait-elle. Je n’ai qu’à écrire son histoire pour faire ce livre qui m’a tant préoccupée. Comme j’ai bien fait de revenir à la maison! J’ai été aidée dès mon retour.

En ce moment une idée lui traversa la tête, qu’elle osa à peine formuler. Elle avait envoyé avec les pigeons un message à son père pour lui dire qu’elle avait la nostalgie de la maison, et l’instant d’après elle s’était vue aider pour une affaire qui lui avait donné tant de souci. Serait-ce là une réponse de son père à ce qu’elle avait demandé?


XXXV
EN ROUTE VERS LA MER

Vendredi, 7 octobre.

Depuis le commencement du voyage, les oies avaient volé droit vers le Sud, mais en quittant la vallée du Fryken, elles prirent une autre direction et, par le Vermland occidental et le Dalsland, elles se dirigèrent vers le Bohuslän.

Ce fut un long voyage. Les oisons avaient eu assez d’exercice pour ne plus se plaindre de la fatigue, et Nils reprenait un peu de son ancienne bonne humeur. D’avoir parlé à un être humain, il se sentait tout ragaillardi. La dame lui avait dit que sûrement, en continuant de rendre service à tous ceux qu’il rencontrait, il n’était pas possible que son aventure ne finît bien. Certes, elle ne pouvait lui prédire comment il retrouverait sa vraie taille, mais elle lui avait rendu un peu de confiance et de courage. Il ne songeait maintenant qu’au moyen de dissuader le jars blanc de l’idée de retourner à Vemmenhög.

—Sais-tu, jars, dit-il une fois, pendant qu’ils nageaient dans l’air, je crois que ce sera bien monotone pour nous de rester à la maison tout l’hiver. Je suis en train de me dire que nous ne ferions peut-être pas mal d’accompagner les oies sauvages à l’étranger.

—Tu ne parles pas sérieusement, je pense, s’écria le jars tout effrayé, car, maintenant qu’il avait montré qu’il était capable de suivre les oies jusqu’en Laponie, il ne demandait pas mieux que de réintégrer son box dans l’étable du fermier Holger Nilsson.

Le gamin se tut, regardant le paysage où tous les bois de bouleaux, les bouquets d’arbres et les jardins avaient arboré les couleurs rouges et jaunes de l’automne et où les lacs s’allongeaient, bleu clair, entre les rives jaunes.