Il agita son bonnet en l’air et courut le long de la grève, criant: «Me voici! où es-tu?»
Cela ne sembla avoir d’autre effet que d’effrayer les oies. Elles s’élevèrent plus haut et s’éloignèrent de la côte. Alors enfin il comprit: les oies ignoraient qu’il était redevenu homme. Elles ne le reconnaissaient plus.
Il ne put les rappeler, car les hommes ne savent pas parler la langue des oiseaux. Il ne savait plus ni la parler ni la comprendre.
Bien que Nils fût heureux d’être délivré de l’enchantement, il trouva amer de se séparer ainsi de ses amies, les oies. Il s’assit sur le sable et se couvrit le visage de ses mains. A quoi bon les regarder partir?
Mais tout à coup il entendit un bruissement d’ailes: la vieille mère Akka n’avait pu se résoudre à quitter ainsi son Poucet, et elle était revenue en arrière. Maintenant que Nils se tenait immobile, elle osa approcher. Sans doute avait-elle compris soudain qui c’était. Elle descendit sur le cap près de lui.
Nils poussa un cri de joie et la serra dans ses bras. Les autres oies s’approchèrent alors et le caressèrent du bec. Elles caquetaient et bavardaient et le félicitaient. Nils aussi leur parla, les remerciant du beau voyage qu’il avait fait avec elles.
Brusquement les oies sauvages se turent, le regardèrent d’un regard étrange et s’écartèrent. Elles semblaient tout à coup avoir compris ce qu’il y avait de changé et se dire: «Il est redevenu un homme! Il ne nous comprend pas, et nous ne le comprenons pas non plus!»
Alors Nils se leva et alla à Akka. Il l’embrassa et la caressa. Puis il alla à Yksi et Kaksi, Kolme et Neljä, Viisi et Kuusi, toutes les vieilles oies de la bande, et les embrassa également. Ensuite il les quitta vivement, en remontant la grève pour rentrer chez lui. Il savait que le chagrin des oiseaux ne dure jamais longtemps, et il voulait se séparer de ses amis pendant qu’ils regrettaient encore de le perdre.
Lorsqu’il fut arrivé en haut de la dune, il se retourna et regarda tous les groupes d’oiseaux qui se préparaient à traverser la mer. Tous criaient leurs appels; seule une bande d’oies sauvages volait en silence, tant qu’il put la suivre des yeux.
Mais leur triangle était en ordre parfait, les intervalles étaient bien respectés, la vitesse bonne et les coups d’ailes vigoureux et égaux. Nils sentit un tel élan de regret qu’il eût presque souhaité redevenir le Poucet qui pouvait voyager au-dessus de la terre et de la mer avec une bande d’oies sauvages.