L’oie sauvage s’approcha, mais avec une méfiance visible. «J’ai appris à redouter tout ce qui est homme, grand ou petit, dit-elle. Mais si tu réponds de lui, jars, il peut rester. D’ailleurs il est peu probable que notre gîte de cette nuit vous convienne, à toi et à lui, car nous allons dormir sur la glace flottante du lac.»

Elle pensait sans doute que le jars hésiterait à les y suivre. Mais il se contenta de dire: «Vous êtes sages de choisir un gîte aussi sûr.»

—Tu promets cependant qu’il s’en retournera chez lui dès demain? ajouta Akka.

—Alors il faudra que je vous quitte aussi, dit le jars, car j’ai promis de ne pas l’abandonner.

—Tu es libre d’aller où il te plaît, répondit l’oie sauvage.

Sur ces mots elle souleva ses ailes et s’envola sur la glace, suivie des autres oies sauvages, l’une après l’autre.

Le gamin fut désolé de voir échouer son rêve de voyage en Laponie, et en outre il eut peur pour la nuit. «Cela va de mal en pis, jars, dit-il. Nous allons mourir de froid sur la glace.»

Mais le jars avait bon courage. «Il n’y a pas de danger, dit-il. Je te prie de ramasser en hâte autant d’herbe et de paille que tu pourras en porter.»

Lorsque le gamin eut ramassé une bonne brassée d’herbe sèche, le jars le saisit par le col de la chemise, le souleva, et s’envola vers la glace où les oies sauvages debout, l’une à côté de l’autre, dormaient déjà, le bec sous l’aile.

—Etends maintenant l’herbe pour que j’aie quelque chose sous les pieds qui les empêche de coller à la glace! Aide-moi et je t’aiderai! dit le jars.