Lorsque le brouillard fut devenu si épais qu’on ne pouvait rien distinguer à une longueur d’oie devant soi, les oiseaux s’affolèrent. Ils avaient jusque-là volé avec beaucoup d’ordre; maintenant ils commençaient à jouer dans le brouillard. Ils volaient dans tous les sens pour s’égarer les uns les autres. «Prenez garde! criaient-ils. Vous tournez en rond. Rebroussez chemin! Vous n’arriverez jamais à Œland.»
Tous savaient très bien où se trouvait l’île, mais ils faisaient leur possible pour se faire perdre mutuellement la tête. «Regardez donc ces fuligules! criait une voix dans le brouillard. Ils retournent vers la mer du Nord.—Prenez garde, oies grises, criait une autre voix. Si vous continuez dans cette direction, vous arriverez à l’île de Rügen.»
Il n’y avait aucun danger de se perdre pour ceux qui avaient l’habitude de la traversée, mais pour les oies sauvages, ce fut dur. Les loustics ne furent pas longs à s’apercevoir qu’elles n’étaient pas sûres du chemin.
—Où allez-vous, bonnes gens? cria un cygne.
Il vola droit sur Akka, l’air compatissant et grave.
—Nous nous rendons à Œland, mais nous n’y avons encore jamais été, dit Akka.
Elle croyait pouvoir se fier à cet oiseau.
—C’est malheureux, dit le cygne. On vous a égarées. Vous allez vers le Blekinge. Venez avec moi et je vous montrerai le chemin.
Il repartit, et les oies le suivirent. Lorsqu’il les eut conduites suffisamment loin du grand passage pour qu’on n’entendît plus les cris, il disparut dans le brouillard.
Elles tournoyèrent un moment au hasard. A peine eurent-elles retrouvé les autres oiseaux qu’un canard vint à elles.