—Vous feriez bien mieux de vous poser sur l’eau jusqu’à ce que le brouillard soit tombé, dit-il. On voit bien que vous n’avez pas l’habitude des voyages.

Les misérables réussirent presque à faire perdre la tête à Akka. Autant que Nils put en juger, les oies volèrent un bon moment en rond.

—Prenez garde! Vous ne voyez donc pas que vous montez et descendez? cria un plongeon en passant rapidement à côté d’elles.

Nils s’accrocha au cou du jars. Voilà ce qu’il redoutait depuis un moment.

Nul ne sait quand on serait arrivé si l’on n’avait tout à coup entendu une détonation qui roulait sourdement.

Akka tendit le cou, fit claquer ses ailes et s’élança à toute vitesse. Elle avait enfin quelque chose sur quoi se guider. L’oie grise lui avait dit de ne pas descendre sur l’extrême pointe d’Œland, car les hommes y avaient installé un canon avec lequel ils tiraient dans le brouillard. Elle connaissait enfin la direction et désormais personne au monde ne l’égarerait plus.


X
LA POINTE MÉRIDIONALE D’ŒLAND

3-6 avril.

Dans la partie la plus méridionale d’Œland, s’élève un vieux manoir royal appelé Ottenby. C’est un assez vaste domaine qui s’étend à travers l’île d’une côte à l’autre. Il a toujours été le refuge aimé d’une foule d’animaux. Au dix-septième siècle, quand les rois venaient chasser à Œland, le domaine n’était qu’un vaste parc à cerfs. Au dix-huitième siècle il y eut là un haras, où l’on élevait de nobles chevaux de race, et une bergerie où l’on nourrissait des centaines de moutons. De nos jours il n’y a à Ottenby ni chevaux pur sang ni brebis. On y nourrit un grand nombre de poulains destinés à nos régiments de cavalerie.