Quand Nils apprit qu’il y avait des cygnes, il s’empressa de courir vers les bancs de varech. Il n’avait jamais vu de cygnes sauvages. Il eut la chance de pouvoir s’approcher très près d’eux.

D’ailleurs il n’était pas le seul à regarder les cygnes. Oies sauvages et oies grises, canards et plongeons formaient un cercle autour d’eux. Les cygnes gonflaient leurs plumes, levaient leurs ailes en guise de voiles, et redressaient leurs cous. Parfois l’un d’eux nageait vers une oie ou un plongeon et lui disait quelques mots; l’autre semblait à peine oser lever le bec pour répondre.

Mais il y avait un catmarin, un petit diable noir, que toute cette solennité étouffait. Il plongea tout à coup et disparut sous l’eau. Bientôt après, l’un des cygnes poussa un cri, et se sauva, en nageant si vite que l’eau écumait autour de lui. Puis il s’arrêta et reprit son air majestueux. Mais bientôt un autre cria comme le premier, et puis un troisième.

Malheureusement le catmarin ne pouvait rester plus longtemps sous l’eau; il réapparut, petit, noir, plein de malice. Les cygnes se précipitèrent contre lui, mais voyant à quel petit oiseau ils avaient affaire, ils s’arrêtèrent net, comme s’ils jugeaient indigne d’eux de s’en occuper. Alors le catmarin plongea de nouveau et se remit à leur pincer les pattes. Cela faisait sans doute mal aux cygnes, mais le pis est qu’ils ne pouvaient garder leur dignité. Tout à coup ils prirent une résolution. Ils se mirent à fouetter l’air de leurs ailes avec un grand bruit, s’élancèrent en avant, comme courant sur l’eau, eurent enfin assez d’air sous les ailes, et s’élevèrent.

Les cygnes partis, on les regretta beaucoup; ceux qui avaient ri des tours du catmarin, le blâmaient maintenant de son insolence.

Le gamin retourna vers la terre. Il se mit à regarder le jeu des bécasseaux. Ils ressemblaient à des grues minuscules: comme les grues, ils avaient un petit corps, de hautes pattes, de longs cous, et des mouvements légers et flottants; mais ils n’étaient pas gris, ils étaient bruns. Ils étaient alignés sur un rang au bord de la plage que les vagues léchaient et lavaient. Dès qu’une vague déferlait, tout le rang se retirait en courant. Dès que la vague était aspirée par la mer, ils la suivaient. Ils continuaient ainsi pendant des heures.

Les plus beaux de tous les oiseaux étaient les tadornes. Ils étaient bien parents des canards ordinaires, car comme eux ils avaient le corps lourd et trapu, le bec large et les pattes palmées, mais ils étaient plus superbement vêtus. Leur plumage était blanc; autour du cou ils portaient une large bande jaune; leurs ailes avaient des parements où brillaient le vert, le rouge et le noir, et des extrémités noires; leur tête, d’un vert sombre, miroitait comme de la soie.

Dès que l’un d’eux se montrait sur la plage, les autres oiseaux criaient:

—Regardez donc ceux-là! Voyez comme ils sont attifés!

—S’ils étaient moins beaux, ils n’auraient pas besoin de creuser leurs nids dans la terre, et pourraient couver leurs œufs à la lumière du jour comme nous autres, dit une cane brune.