—Il était avec nous tout à l’heure, dit Akka, mais nous ne savons plus ce qu’il est devenu.

Nils se leva d’un bond, très effrayé. Il demanda si l’on avait vu un renard ou un aigle ou des hommes dans le voisinage. Personne n’avait rien vu de suspect. Le jars avait dû s’égarer dans le brouillard.

Le malheur n’en était pas moins grand pour Nils; il se mit à la recherche du jars. Le brouillard, tout en le protégeant, lui permettait de courir partout sans être aperçu, mais l’empêchait de voir. Il s’en fut jusqu’à la pointe sud de l’île où se trouvent le phare et le canon qui tire dans le brouillard. Partout le même pullulement d’oiseaux, mais point de jars blanc. Il se hasarda jusque dans la cour du domaine d’Ottenby, et inspecta tous les chênes creux du parc; nulle part il ne trouva trace du jars.

Il chercha jusqu’à la tombée de la nuit. Alors il dut retourner vers la côte de l’est. Il marchait à pas lourds, très découragé. Que deviendrait-il sans le jars? Quand il arriva au milieu du grand pré, une forme blanche surgit du brouillard. C’était le jars. Il était sain et sauf et très heureux d’avoir retrouvé la bande. Le brouillard l’avait si bien égaré qu’il avait tourné autour du grand pré toute la journée, dit-il. Nils lui jeta ses bras autour du cou, et le supplia d’être prudent et de ne plus s’écarter des autres. Le jars promit qu’il ne recommencerait plus. Non, jamais plus.

Mais le lendemain matin, comme Nils se promenait au bord de la mer, les oies accoururent de nouveau pour lui demander des nouvelles du jars.

Nils ne l’avait point vu. Il avait donc disparu encore une fois. Comme la veille il s’était égaré dans le brouillard.

Nils, très effrayé, recommença ses recherches. Il trouva un endroit où le mur d’Ottenby s’était en partie écroulé, ce qui lui permit de le franchir. Au delà de l’enclos, l’île s’élargissait, et il y avait de la place pour des champs, des prés et des fermes. Il monta jusqu’au plateau qui occupe le milieu de l’île et où il n’y a d’autres constructions que des moulins à vent; l’herbe y est si clairsemée que le calcaire blanc affleure.

Nulle part il ne trouva trace du jars; comme le soir approchait, et qu’il fallait retourner auprès des oies, il fut convaincu que le jars était perdu. Il était si désespéré qu’il se traînait à peine.

Il avait déjà escaladé le mur, lorsqu’il entendit une pierre s’écrouler près de lui. En se retournant, il crut distinguer quelque chose qui remuait sur un tas de pierres tout contre le mur. Il s’approcha doucement, et tout à coup aperçut le jars qui grimpait péniblement sur les pierres, portant dans son bec quelques longues fibres de racines. Le jars ne vit pas le gamin, et celui-ci de son côté ne l’appela pas, car il voulait savoir pourquoi le jars disparaissait ainsi coup sur coup.

Il en connut bientôt la raison. Tout en haut du tas de pierres reposait une jeune oie grise qui cria de joie à la vue du jars. Nils se glissa plus près pour pouvoir entendre ce qu’ils disaient, et apprit que l’oie grise avait une aile blessée, qui l’empêchait de voler. Sa bande l’avait abandonnée, et sans le jars blanc, qui la veille avait entendu ses cris et l’avait secourue, elle serait morte de faim. Le jars avait continué de lui porter à manger. Tous les deux espéraient qu’elle serait guérie avant le départ du jars, mais elle ne pouvait encore ni voler ni marcher. Elle se désolait, le jars la réconfortait en disant qu’il ne partirait pas encore. Enfin, il lui dit bonsoir, promettant de revenir le lendemain.