—Pas le jour, alors je sais bien nous défendre, dit le bélier en secouant ses cornes. Mais la nuit ils se faufilent parmi nous lorsque nous dormons dans les grottes. Nous essayons de rester éveillés, mais il faut bien dormir quelquefois, alors ils nous attaquent. Ils ont déjà tué jusqu’au dernier mouton dans les autres grottes, et il y avait des troupeaux aussi grands que le mien.
—Ce n’est pas gai d’avouer qu’on est tellement en détresse, ajouta la vieille brebis. Nous ne sommes pas plus capables de nous défendre que des moutons domestiques.
—Croyez-vous qu’ils viendront vous attaquer cette nuit? demanda Akka.
—C’est probable. Ils sont venus dans la nuit d’hier nous voler un agneau. Ils reviendront tant qu’il restera un seul d’entre nous. Ils ont fait ainsi ailleurs.
—Mais s’ils continuent ainsi vous serez tous exterminés, dit Akka.
—Oui, les moutons de la petite île Karl n’en ont pas pour longtemps.
Akka resta un peu hésitante. Se remettre en route dans la tempête n’était pas agréable, mais d’autre part comment demeurer en un endroit où l’on attendait des hôtes pareils? Après un moment de réflexion, elle se tourna vers Nils:
—Est-ce que tu voudrais nous aider comme tu l’as déjà fait plusieurs fois? dit-elle.
Nils répondit qu’il ne demandait pas mieux.
—C’est bien ennuyeux pour toi de ne pas dormir, dit Akka, mais je te demanderai pourtant de veiller et de nous appeler si les renards viennent pour que nous puissions nous envoler.