Le gamin fut médiocrement content de cet arrangement, mais tout était préférable au vol de tout à l’heure dans la tempête. Aussi promit-il de monter la garde.
Il alla se blottir derrière une pierre à l’ouverture de la grotte. A mesure que le soir avançait le vent semblait se calmer. Le ciel se découvrit, la lune jouait sur les vagues. La grotte s’ouvrait assez haut dans la paroi de la montagne. Un sentier étroit et escarpé y conduisait. C’était sans doute par là que les voleurs allaient venir.
On ne voyait pas encore de renards, mais Nils découvrit quelque chose qui au premier moment l’effraya beaucoup: sur la grève étroite au pied de la falaise il y avait des géants ou des trolls ou bien encore des hommes d’une taille extraordinaire.
D’abord il crut rêver, mais il les voyait si nettement qu’il ne pouvait croire à une illusion. Quelques-uns s’étaient avancés jusque dans l’eau, d’autres semblaient vouloir escalader la falaise. Quelques-uns avaient de grosses têtes rondes, d’autres n’en avaient pas du tout. Quelques-uns étaient manchots, d’autres bossus devant et derrière. Jamais Nils n’avait rien vu de plus étrange. Il les regardait épouvanté, au point d’en oublier les renards. Mais tout à coup il entendit le bruit d’une griffe contre les pierres. Il vit trois renards qui s’approchaient furtivement. Dès que Nils s’aperçut qu’il avait affaire à un péril réel, il retrouva son calme, sa terreur se dissipa. Il se dit que c’était bien dommage d’éveiller les oies et de se sauver en laissant les moutons à leur sort. Ne pouvait-il faire mieux?
Il se glissa en hâte vers le fond de la grotte, secoua le bélier par les cornes pour l’éveiller et se hissa en même temps sur son dos. «Levez-vous, père, nous allons faire un peu peur aux renards!» lui dit-il.
Il avait essayé d’être aussi silencieux que possible, mais les renards avaient sans doute entendu du bruit. Arrivés à l’ouverture de la grotte, ils s’arrêtèrent pour tenir conseil.
—Quelqu’un a remué ici, dit l’un. Je me demande s’ils ne sont pas éveillés.
—Bah, vas-y! dit l’autre; quel mal veux-tu qu’ils nous fassent?
Ils entrèrent prudemment, mais firent de nouveau halte pour flairer.
—Qui allons-nous prendre ce soir? chuchota celui qui était en tête.