Tandis que l’accusé et quelques-uns de ses amis, à l’audition d’un récit ne les concernant nullement, visant un tiers inconnu, partageaient ce grand frisson, issu d’une croyance commune.
Et des gens, qui ne sont point encore arrivés à partager tout à fait leur conviction, dont l’âme demeure incertaine, se défend, bien qu’irritée du mystère et chaque jour un peu conquise, des gens, à entendre cela, avaient le cœur serré comme dans un étau.
Des femmes pleuraient. Un silence inaccoutumé avait envahi la salle...
Je n’en conclus rien : je constate. Et je dis ce que j’ai vu.
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C’est d’une voix étouffée que Labori donne lecture des lettres par lesquelles au ministre, à sa femme, à son défenseur, après comme avant la dégradation, le condamné encore proteste de son innocence, implore, recommande que, lui parti, on cherche, on cherche toujours !
Mais c’est d’une voix vibrante qu’après avoir énoncé les diverses manœuvres auxquelles M. du Paty de Clam eut recours, pour arracher des aveux à Dreyfus encore après l’ « exécution », il conclut, accusant la lâcheté des pouvoirs publics, en possession des moyens de dissiper tout équivoque et n’en usant point :
« Voilà messieurs, de quoi cet édifice effrayant que nous avons à porter sur les épaules est fait : édifice de mensonge pour les uns, pour ceux qui sont les auxiliaires humbles et misérables de cette besogne de ténèbres, mais édifice d’hypocrisie de la part des plus hauts, et ce sont les plus coupables ! Qu’ils ne l’ignorent pas et qu’ils entendent mes paroles, si elles atteignent jusqu’à eux, et qu’ils se souviennent que le nom de l’histoire qui est marqué au pilori le plus humiliant, c’est le nom de Ponce-Pilate ! »
Une clameur d’admiration s’élève, tonne, passe en ouragan, monte jusqu’au grand Christ immobile — et conspue les Pharisiens !...
Si bien que l’élément militaire, en nombre, en force, éprouve le besoin de réagir.