LE TROISIÈME PROCÈS
D’ÉMILE ZOLA
VERSAILLES, 18 JUILLET 1898
LE TROISIÈME PROCÈS D’ÉMILE ZOLA
Il fait chaud : on n’a vraiment pas la force de se haïr ! Les colères fondent, les rancunes s’affaissent... le coup d’œil agressif s’achève en coup d’œil langoureux.
Il faudra Déroulède (qui me semble dépourvu de fossettes) et l’incandescent Marcel Habert, tous deux à l’aise dans ce four crématoire, pour qu’un peu d’animation réveille les torpeurs, vienne rappeler qu’il est nécessaire de se chamailler.
C’est dommage la fraternité de l’étouffement régnait ! Accusés, plaignants, défense, partie civile et auditoire, dans les yeux de chacun cette pensée se lisait : « Si on plantait là tout le baluchon pour s’en aller ensemble, à l’ombre, prendre quelque chose ? Peut-être, dans la fraîcheur et les coudes sur la table, arriverait-on à s’expliquer... bien mieux qu’ici ! »
Mais ces pensées conciliatrices, ces rêves édéniques, tôt se devaient dissiper : on ne s’était pas dérangé pour ça ! Quand l’appareil de la justice entre en mouvement, il faut qu’il fonctionne, fût-ce à vide, fût-ce à blanc !
C’est ce qu’on se dit sur le trottoir, où le soleil menace de fondre l’asphalte ; c’est ce qu’on se dit à l’intérieur de la salle, où la température dépasse l’étiage des vers à soie. Alors, on se résigne...