Mais la résignation ne va pas sans lutte. A la tribune de fond, à l’ « orgue » comme nous disons, la lutte se traduit, multicolore, vivace, jolie, parle papillonnement des éventails.
En bas, c’est moins gracieux ; les cols se tendent, les visages s’empourprent, l’impression s’accentue : qu’on voudrait bien « être ailleurs. »
Le vitrage surtout est terrible, qui transforme la salle en atelier de photographe ; au travers des carreaux la lueur darde, aveuglante — et brûlante aussi !
A tel point que Georges Clemenceau s’insurge ; déclare qu’il veut bien être jugé, condamné, mais pas cuit, rissolé à la chinoise.
Alors, on fait changer les accusés de côté, jusqu’à ce que s’interpose, là-haut, comme un nuage passant sur l’astre, la silhouette du tapissier, requis pour la circonstance au nom de la loi.
Dans son zèle, il a décroché les rideaux de fenêtre : on en distingue les anneaux, les cordons de tirage ; puis des toiles à matelas. Désormais, quand la discussion juridique sera trop ardue, on aura de quoi se distraire, en levant les yeux pour suivre les progrès de l’opération.
Et quand les rayons auront tourné, quand le président lèvera l’audience, ce sera tout à fait fini — ô symbole des lenteurs judiciaires !
Ce qui se passe ? Oh ! tenez-vous bien à le savoir ? Les à-côtés sont bien plus amusants.
Voici le colonel Picquart, accompagné de deux inspecteurs de la sûreté, qui fait une entrée plutôt sensationnelle. Il a son calme visage, son tranquille sourire ; cet air de quiétude, de confiance, de force morale, de douceur, qui en font vraiment, dans le trouble contemporain, une physionomie à part.
Voilà le « malfaiteur », le « monstre » : Émile Zola, aussi bien pacifique, point changé, ayant même perdu de sa nervosité, pris l’assurance imperturbable dont se précède la victoire.