Mais c’est lui témoigner plus de déférence que de ne la pas affronter et c’est pourquoi, dans les neiges d’antan, je préfère rechercher ce qui ressemble davantage au spectacle d’aujourd’hui. Pour faciliter, d’ailleurs, les similitudes, j’enlèverai les noms propres, qui datent et démodent. Le public comprendra mes réticences, approuvera ma réserve, et saura s’assimiler ce qui, du passé, peut convenir au présent.

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Paris, 189...

C’est aujourd’hui que vient, en correctionnelle, le procès intenté par l’ex-général Boulanger (M. Boulanger comme on dit présentement) au journal qui, pour le combattre, évoqua la mémoire de son père, imprima que l’ex-avoué de Rennes était un voleur.

On a pu approuver ou ne pas approuver l’attitude de l’homme qui, à l’apogée de sa carrière, en possession de la plus haute situation qui se puisse conquérir, a tout compromis pour se lancer dans une aventure d’intention généreuse, mais de terrible responsabilité.

Seulement, il est impossible de méconnaître qu’entre tant d’attaques dont il fut l’objet, celle-ci, vraiment, a dépassé les bornes de la polémique permise, de la violence admissible,

D’abord, en soi, le fait n’est rien moins que certain.

Étourdi du coup qui le frappait ; habitué dès l’enfance, par les soins d’une mère admirable, à vénérer la personne et le souvenir de son père, le condamné, le proscrit, contre qui se liguent actuellement la presque majorité des pouvoirs de l’État, se trouve dans l’impuissance absolue d’établir le mal-fondé de l’imputation.

En effet (ainsi que le fera remarquer tout à l’heure son éloquent et énergique porte-parole), les archives de la corporation, ouvertes toutes grandes à ses adversaires, se sont tenues, devant lui, obstinément closes.

En vain, par trois, quatre lettres, a-t-il sollicité communication du dossier paternel : on lui a objecté, constamment, des fins de non-recevoir et que ces pièces « secrètes », uniquement d’ordre administratif et professionnel, ne pouvaient être communiquées même aux familles des intéressés !