Ah ! il fait bon être fils d’avoué, par le temps qui court !

Donc, là, on patauge en pleine incertitude. Tout ce qu’on sait du défunt est honorable, d’infaillible probité ; tout ce qu’on n’en sait pas (et ce que prétendent savoir les autres), les détenteurs officiels, amis des accusateurs, refusent d’en laisser prendre connaissance.

Voilà pour la matérialité du fait, son équivoque — et les compromissions qu’il suppose !

Quant à la moralité qu’il comporterait, s’il était admis, s’il était indéniable, on ne la distingue pas très clairement.

Ou mieux, elle apparaît si monstrueuse qu’on hésite à l’envisager. C’est la résurrection du péché originel, de la tare héréditaire ; la tradition des âges barbares, des époques féroces ; l’abolition du libre-arbitre, de la responsabilité — le rétablissement de la réprobation ancestrale, poursuivant, dans l’innocence enfantine, la culpabilité des aïeux !

Un fils responsable de ce qu’a fait son père ? Cent ans après la Révolution... qui affranchit la progéniture du serf et la postérité du bourreau !

Scientifiquement, physiquement, dans le sens de l’indulgence, cette théorie transformée a pu surgir, pour expliquer le legs de maux corporels ; servir à absoudre des « victimes », où la loi ; jadis, moins informée, voyait des coupables.

Mais moralement !

La conscience publique s’en est soulevée ; les ennemis loyaux ont capitulé, se sont écartés, avec dégoût, d’un champ de bataille où de telles armes étaient employées !

Quant aux quelques « courtisans du malheur », selon la jolie expression de Daudet, présents à l’audience, on devine leur indignation.